L HEURE DE MIDI
Évoquons des pensers et des tableaux moins sombres. Dans les ravins où dort un silence attiédi, Au bord des étangs clairs voilés de hautes ombres, Ensemble abritons-nous des ardeurs de midi.
Midi! l'heure de feu, l'heure à la rouge haleine! Sur les champs embrasés pèse un air étouffant : Le soleil darde à pic ses flammes sur la plaine; Le ciel brûle implacable et la terre se fend.
La nature n'a plus ni brises, ni murmures ;
Le flot tarit; dans l'herbe on n'entend rien frémir;
Les pics ardents, les bois aux muettes ramures,
D'un morne et lourd sommeil tout semble au loin dormir.
L'immobile palmier des savanes brûlantes. Abritant les troupeaux de ses rameaux penchés. Courbe languissamment ses palmes indolentes Sur les bœufs ruminants dans son ombre couchés.
C'est l'heure où dans la source à la voûte pierreuse Le chasseur, fils des monts, plonge ses pieds nerveux; C'est l'heure où le ramier de la forêt ombreuse Trempe son bleu plumage aux eaux des bassins bleus.
Comme eux, tandis qu'au loin la glèbe s'ouvre et fume, Parmi les nymphéas, dans ce lac argenté, Baigne, ô doux bengali! baigne ta molle plume, Ta plume au duvet rouge et de blanc moucheté.