‹ PoésiesChapitre 6 sur 48 · LE TIC 'DU S^L^ZE · texte numérisé non relu

LE TIC 'DU S^L^ZE

\~/ E Salaze a vu les orages, Cent fois, d'un vol impétueux, S'abattre du sein des nuages Sur son sommet majestueux.

Que lui fait leur rage inutile !

Le piton géant de notre île Bravait de sa crête immobile Le cyclone aux bonds furieux :

Des autans vainqueur centenaire, Il voyait passer leur colère, Ses pieds sûrs toujours dans la terre.

Sa tète "toujours dans les cieux !

Et quand la brise, et tiède et pure.

Succédait aux vents irrités.

Il voyait flotter la verdure Des monts qu'il avait abrités.

L'arbuste à la feuille éphémère, L'arbre à la tige séculaire, De leur mobile et frais mystère Voilaient les rochers ombragés; Et l'onde de ses larges veines, Tombant en cascades lointaines, Allait abreuver par les plaines Les champs qu'il avait protégés.

Pour ce sommet sans chevelure, Pour ce front haut et sans cimier Point de panache de verdure, Jamais de gracieux palmier.

Mais qu'importe, ô piton sublime 1 Tes pieds dépassent toute cime ; De l'éther emplissant l'abîme, Ton ombre au loin couvre les mers !

Ta masse résiste aux orages, Et des monts à qui tu surnages, Nul ne porte au sein des nuages Plus haut la tête dans les airs !

(iiie t'importe aussi qu'on t'oublie,

Homme loyal au cœur altier ?

Qu'importe à ta tête blanchie

De vieillir chauve de laurier ?

N'abrites-tu pas de ton ombre

La meute au regard louche et sombre,

L'engeance aux rejetons sans nombre De l'envie aux venins mortels ?

Des élus tu portes le signe ; Mais tu le sais, — justice insigne ! — Ce n'est jamais qu'au plus indigne Qite l'homme élève des autels !

Aussi, paisible et grave, austère intelligence. Tu ne t'en émeus pas en ta haute indulgence. Tu sais que l'homme oublie ; et, calme et satisfait, Ton cœur dans le passé voit le bien qu'il a fait. Goûtant au sein des bois et de la solitude De tes devoirs remplis la mâle quiétude, Ta conscience heureuse aux stoïques vertus Se repose des jours mauvais et révolus... Après avoir donné ses parfums à la plaine. Ainsi la fleur s'endort dans sa dernière haleine.

Clle a seize ans. Son cœur, frais comme l'espérance,

A des pensers plus purs que l'haleine des fleurs.

Sous un front calme où luit une sainte ignorance,

Ses grands yeux bleus sont doux comme une aurore en pleur;

Sa bouche aux dents de lait ressemble au coquillage

Q.ue l'onde en se jouant vient rouler sur la plage.

Toute âme à son aspect voit son rêve fleurir.

Mais ma lèvre est toujours à lui parler peureuse,

Car à ma voix toujours rougit sa joue heureuse

Comme une rose vierge au toucher du zéphyr.

' N soir, je lui disais, assis à ses côtés, Et sur ses beaux yeux noirs mes deux yeux arrêtés : « Etre charmant et doux, calme enfant de la terre, Vous avez les fraîcheurs de la fleur solitaire Qui croît au bord de l'onde ou dans l'herbe des champs ; Votre cœur est plus pur, vos yeux sont plus brillants Que la perle tremblante aux cils blonds de l'aurore ; La candeur, cette paix d'une ame qui s'ignore. Vous protège et vous fait belle comme le jour. Vous répandez partout la lumière et l'amour. L'air que vous respirez vous aime et vous caresse. La grâce autour de vous, dans sa molle paresse. Flotte ainsi qu'un parfum flotte autour de la fleur ; Et l'aube au teint vermeil vous prendrait pour sa sœur.

Quand vous me regardez, j'hésite, et sur mon âme Comme un vent d'été passe une haleine de flamme ; Et je sens dans mon cœur, je sens qu'il serait doux De vivre et de mourir, jeune ange, à vos genoux ! »

LA poésie, ainsi qu'un jeune arbuste en fleurs, Se couronne parfois d'éclatantes couleurs. QjaanJ son front, effleuré des ailes de l'aurore, Sent frissonner sa feuille et ses bourgeons éclore ; Qiiand tout son être ému, touché par le soleil, Sent monter et courir la sève du réveil, Soudain comme un bouton son feuillage se brise En grappes de parfums, et s'ouvre sous la brise; Et, secouant dans l'air des nuages d'odeurs. Sa tête, où de la nuit tremblent encor les pleurs. Laisse aller au zéphyr, comme une molle ondée. Strophe éclose et senteur, la fleur d'or et l'idée. Et de sa chaude écorce où tout vibre à la fois, Et de sa verte cime aux frémissantes voix. Et de sa feuille humide, et de ses grappes mûres, S'épandent dans les airs d'ineffables murmures; Et de l'arbre-poète, aux rameaux inspirés. Les fruits disent : « Aimez ! » et les fleurs : « Espérez I

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