Alcyone, femme de Céyi Édit
'OKSIES.
Vous n'êtes seule en ce tourtncnt Qui témoignez du sentiment , O trop (idèle Caritée !
En toutes amos raniitié Des mêmes ennuis agitée Fait les mêmes trr.its de |iiti«'
iJe combien de jemie> maris, Kn la querelle de i*àris, Tomba la vie entre les armes, Qui fussent retournés un jour, Si la mort se payoit de larmes, A Mycènes faire l'a mon r.
Mais le destin qui tait nos lois
Est jaloux (pi'on passe deux (ois
Au deçà du rivage blême;
Et les dieux ont gardé ce don,
Si rare que Jupiter môme
Ne le sut faire à Sarpédon.
Pourquoi donc, si peu sagement Démentant votre jugement.
Passez-vous en cette amertume Le meilleur de votre saison, Aimant mieux plaindre par coutume Que vous consoler par raison '
LTYRE I. ;iô
Nature fait bien quelque effort Qu'on ne peut condamner qu'à tort; Mais que direz-vous pour défendre Ce prodige de cruauté, Par qui vous semblez entreprendre De ruiner votre beauté.'
Que vous ont fait ces beaux cbeveux ,
Dignes objets de tant de vœux ,
Pour endurer votre colère?
Kt, devenus vosennenois,
Recevoir l'injuste salaire
D'un crime qu'ils n'ont point con)mis?
Quelles aimables qualités Kn celui que vous regrettez Ont pu mériter qu'à vos roses Vous ôtiez leur vive couleur, Et livriez de si belles choses A la merci de la douleur ?
Remettez-vous l'ame en repos.
Changez ces funestes propos; ht , par la tin de vos tempêtes , Obligeant tous les beaux esprits Con^erve/. au siècle ou vous êtes Ce que vous lin donnez de prix.
Amour, autrefois en vos y«Mi\ Pleins d'appas si délicieux , Devient mélancolique et sombre, Quand il voit qu'un si long ennui Vous fait consumer pour une omhi( Ce que vous n'avez que pour lui.
S'il vous ressouvient du pouvoir Que ses traits vous ont fait avoir, Quand vos lumières étoient calmes Permettez-lui de vous guérir, Et ne différez point les palmes Qu'il brûle de vous acquérir
Le temps d'un insensible cours Nous porte à la fin de nos jours; C'est à notre sage conduite, Sans murmurer de ce défaut, De nous consoler de sa fuite , En le ménageant comme il faut.
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STANCES
Beauté, mon cher souci, de qui i'ame incertaine A , comme l'Océan , son tla\ et son reflux , Pensez de vous résoudre à soulager ma peine , Ou je me résoudrai de ne la souffrir plus.
Vos yeux ont des appas que j'aime et que je prise, Et qui peuvent beaucoup dessus ma liberté, Mais pour me retenir, s'ils font cas de ma prise, Il leur faut de l'amour autant que de beauté.
Quand je pense être au point que cela s'accomplisse, Quelque excuse toujours en empêche l'effet; C'est la toile sans tin de la femme d'Uljsse, Dont l'ouvrage du soir au matin se défait.
Madame, avisez-y, vous perdrez votre gloire
De me l'avoir promis et vous rire de moi.
S'il ne vous en souvient, vous manquez de mémoire
Ou s'il vous en souNient, vous n'avez point de foi.
J'avois toujours fait compte, aimant chose si haute, De ne m'en séparer qu'avecque le trépas; S'il arrive au l renient, ce sera votre faute. De faire des serments et ne les tenir pas.
38 l'Ol.slKS.
STANCES
CONSur.XTION
A M. 1)1 l'ElUEIl
Ta douleur, du Perieu, sera donc éternelle?
Et les tristes discours, Que te met en l'esprit l'amitié paternelle,
L'augmenteront toujours ?
Le malheur de ta fdle au tombeau descendue
Par un commun trépas, Est-ce quelque dédale , où ta raison perdue
Ne se retrouve pas?
Je sais de quels appas son enfance étoit pleine ,
Et n'ai pas entrepris , Injurieux ami, de soulager ta peine
Avecque son mépris.
i. François Du l'erier, genlilhomme d'Aix en l'rovence, un des beaux esprits du temps. Sa fille se nommait Marguerite. Édit.