‹ Poèsies. Avec un commentaire inéditChapitre 27 sur 162 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Ce sera vous qui de nos villes Ferez la beauté refleurir, Vous qui de nos haines civiles Ferez la racine mourir, Et par vous la paix assurée >"aura pas la courte durée Qu'espèrent infidèlement , Non lassés de notre souffrance , Ces François qui n'ont de !a France Que la langue et l'habillement.

Par vous un dauphin nous va naître, Que vous-même verrez un jour De la terre entière le maître , Ou par armes ou par amour ; Et ne tarderont ses conquêtes , Dans les oracles déjà prêtes.

Qu'autant que le premier coton , Qui de jeunesse est le message, Tardera d'être eu son visage Kt de faire ombre à son menton.

O ! Combien lors aura de veuves * La gent qui porte le turban !

\. Siroplie admirable, pleine de poésie, dans le vrai goùi dUorace; c'est celle géograpbic poétique, pleine de tableaux, que Malherbe rend supérieurement, et en cela il éiait inventeur parmi uous, et forcé de créer son expression. Il faut donc lui pardonner si ce travail amortit souvent son feu, el s'il néprouve que par intervalles la véritable ivresse lyrique.

\. Chemer.

'iH l'OI.SIKS.

Que (\e san<: rougira les Moimos ^ Qui lavent le> pieds du Liban !

Que' le Bosphore en ses deux ri\<'s Aura de sultanes captives !

Kt que de mères à Mempliis, En pleurant, diront la vaillance Ue son courage et de sa lance, Aux funérailles de leurs fils !

Cependant notre grand Alcide,

Amolli par \os doux appas,

Perdra la fureur qui sans bride

L'emporte à chercher le trépas;

Et cette valeur indomptée

I3e qui l'honneur est l'Euristhée -,

Puisque rien n'a su l'obliger

A ne nous donner plus d'alarmes.

Au moins pour é[iargner vos larmes,

Aura peur de nous affliger.

Si l'espoir qu'aux bouches des hommes Nos beaux faits seront récités , Est raiguillon par qui nous sommes Dans les hasards précipités;

i. Ces imaties loules muves avaient scduil tous les poètes. Tous se iravaillaienl à les encliasser dans leurs ou\ rages à tort et à travers. C'est re dont BoilCdU se moque plaisamment en plusieurs endroits de ses satires

.\. Cbemer.

2. Vers obsrur et tourmenté. C'est nn de res vers qui sentent l'huile.

A. ClIEMEn.

LIVIÎE I. 49

Lui, de qui la gloire semée Par les voi\ de la Renommée, Eu tant de parts s'est fait ouïr, Que tout le siècle eu est un livre, >''est-il pas indigne de vivre, S'il ne vit pour se réjouir ?

J ^ Qu'il lui suffise que l'Espagne Réduite par tant de combats A ne l'oser voir en campagne , A mis l'ire et les armes bas ; Qu'il ne provoque point l'envie Du mauvais sort contre sa vie, Et puisque, selon son dessein, 11 a rendu nos troubles calmes, S'il veut davantage de palmes, Qu'il les acquière en votre sein.

C'est là qu'il faut qu'à son génie ', Seul arbitre de ses plaisirs , Quoi qu'il demande, il ne dénie Rien qu'imaginent ses désirs; C'est là qu'il faut que les années -

\. Celte siropbe est très-élégammeDt écrite et poétiquemeut tournée; mais les quatre premiers vers ont un stns obscène, et c'est une grande absurdilé. Il faut avoir bien peu de goût, de jugement, de bienséance, pour présenler une pareille iuiage a une jeune femme qui vient de se marier. Les épitha lames antique.^ sont remplis de tableaux tendres, jeunes, voluptueuï, mais jamais licencieux. Ces peintures libertines, qui excitent les <;ens lorsqu'on les trouve dans une ode bacliique ou dans une priapée, chociuent et déplaisent dans une occasion (omme celle-ci. A. Chemip..

1 Deux vers exquis! A. Che.mer.

F»OÉSIES

Lui roiilciit (oiiiiue des journées , Rt qu'il ait de (juni se vanter Que la douceur qui tout excède N'est point ce que sert Ganyniède A la table de Jupiter.

Mais d'aller plus à ces batailles ' Où tonnent les foudres d'enfer, l.t lutter contre des murailles D'où pleuvent la flamme et le fer, Puisqu'il sait qu'en ses destinées Les nôtres seront terminées, Et qu'après lui notre discord N'aura plus qui dompte sa rage; N'est-ce pas nous rendre au naufrage Après nous avoir mis à bord?

Cet Acbille, de qui la pique Faisoit aux braves d'IIion La terreur que fait en Afrique Aux troupeaux l'assaut d'un lion , Bien que sa mère eût à ses armes Ajouté la force des charmes, Quand les destins l'eurent permis.

N'eut -il pas sa trame coupée

i. Quelles ininges frappantes I quelles expressions vives, neuves et hardies 1 Lutter contre des inurailles! Le quatrième vers e^t laferrens imher de Virpile. A. Chômer.

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