LIVRE n \?A
Je pense être aux enfers et souffrir leurs supplices, Lorsque je m'en sépare une heure seulement !
Au moins si je voyois cette fière beauté , Préparant son départ, cacher sa cruauté Dessous quelque tristesse , ou feinte , ou véritable ; L'espoir, qui volontiers accompagne l'amour, Soulageant ma langueur, la rendroit supportable, Et me consoleroit jusques à son retour.
Mais quel aveuglement me le fait désirer? Avec quelle raison me puis-je figurer Que cette ame de roche une grâce m'octroie , Et qu'ayant fait dessein de ruiner ma foi , Son humeur se dispose à vouloir que je croie Qu'elle a compassion de s'éloigner de moi ?
Puis, étant son mérite infini comme il est, Dois-je pas me résoudre à tout ce qui lui plaît, Quelques; lois qu'elle fasse et quoi qu'il m'en a\ienne, Sans faire cette injure à mon affection , D'appeler sa douleur au secours de la mienne, Et chercher mon repos en son affliction?
Non, non. qu'elle s'en aille à son contentement. Ou dure ou pitoyable, il n'importe comment ; Je n'ai point d'autre vœu que ce qu'elle souhaite; Et quand de mes travaux je n'aurois jamais rien ,^ Le sort en est Jeté, l'entreprise en est faite, Je ne saurois bniler d'autre f«'u que le sien.
n? POÉSIES.
Jf ne re:isom!»lp point à ces foibics esprits Qui, bientôt délivrés comme ils sont bientôt pri> Kn leur fidélité n'ont rien que du langage; Toute sorte d'objets les touche également. Quant à moi, je dispute avant que je m'engage ; Mais quand je l'ai promis, j'aime éternellement
SONNET
A LA VICOMTESSE D A l' C TI Y
Beauté de qui la grâce étonne la nature, Il faut donc que je cède à l'injure du Sort, Que je vous abandonne, et, loin de votre port, M'en aille au gré du vent suivre mon aventure !
Il n'est ennui si grand que celui que j'endure ; Et la seule raison qui m'empêche la mort , C'est le doute que j'ai que ce dernier effort >> fût mal emplové pr>ui une nnie sj dure.