ALCANDIIK PLAINT LA CAPTIVITE DE SA MAITRESSE
Que d'épines, Amour, accompagnent tes roses ! Que d'une aveugle erreur tu laisses toutes choses
A la merci du Sort !
Qu'en tes prospérités à bon droit on soupire, Et qu'il est malaisé de vivre en ton empire ,
Sans désirer la mort !
Je sers, je le confesse, une jeune merveille, En rares qualités à nulle autre pareille,
Seule semblable à soi ; Et, sans faire le vain, mon aventure est telle. Que de la même ardeur que je brûle pour elle ,
Elle brûle pour moi.
Mais parmi tout cet heur, ô dure Destinée !
Que de tragiques soins , comme oiseaux de Pbinée
i. \x's Uarpies. Éorr.
Sens-je me dévorer !
Et ce que je supporte aveccjue patience, Ai-je quelque ennenii , s'il n'est sans conscience ,
Qui le Nît sans jdtMuer :*
La luer a moins de \ents qui ses vagues irritent Que je n'ai de pensers qui tous me sollicitent
D'un funeste dessein ; Je ne trouve la paix qu'à me faire la guerre, Et si l'Enfer est fable au centre de la terre,
il est vrai dans mon sein.
Depuis que le soleil e.>t dessus l'iiémisplière,
Qu'il monte ou qu'il descende, il ne me voit rien (aii
Que plaindre et soupirer; Des autres actions j'ai perdu la coutume, Et ce qui s'offre à moi, s'il n'a de l'amertume,
Je ne puis l'endurer.
Comme la nuit arrive, et que par le silence, Qui fait des bruits du jour cesser la violence,
L'esprit est relâché, Je vois de tous côtés, sur la terre et sur l'onde. Les pavots qu'elle sème assoupir tout le monde,
Et n'en suis point touché.
S'il m'avient quelquefois de clore les paupières, Aussitôt ma douleur en nouvelles manières