LIVRE II
Mon roi, par son rare mérite,
A tait que la terre est petite
Pour un nom si grand que le sien ; Mais si mes I >ngs travaux faisoient cette conquête, Quelques fameux lauriers qui lui couvrent la tête, 11 n'en auroit pas un qui fût égal au mien.
Aussi, quoi que l'on me propose,
Que l'espérance m'en est close ,
Et qu'on n'en peut rien obtenir; Fuisqu'à si beau dessein mon désir me convie. Son extrême rigueur me coûtera la vie , Ou mon extrême foi m'y fera parvenir.
Si les tigres les plus sauvages
Enfin apprivoisent leurs rages.
Flattés par un doux traitement; Par la même raison, pourquoi n'est-il croyable Qu'à la tin mes ennuis la rendront pitoyable, Pouivu que je la serve à son contentement.^
Toute ma peur est que l'absence
Ne lui donne quelque licence
De tourner ailleurs ses appas ; Et qu'étant, comme elle est, d'un sexe variable, Ma foi , qu'en me voyant elle avoit agréable , » lui soit contemptible en ne me voyant pas.
16'i POESIES.
Amour a < ela de Neptune , Que toujours à quelque inlurtiiiit' Il se faut tenir préparé; Ses infidèles Ilots ne sont point sans orages , Aux jours les plus sereins on y fait des naufraj^es Et même dans le port on est mal assuré.
I*eut-être qu'à cette même heure Que je languis, soupire et pleure, De tristesse me consumant.
Elle, qui n'a souci de moi, ni de mes larmes. Étale ses beautés , tait montre de ses charmes VA met eu ses tilets quelque nouvel amant.
Tout beau, pensers mélancoliques,
Auteurs daventures tragiques.
De quoi m'osez-vous discourir?
Impudents boute-feux de noise et de querelle, Ne savez-vous pas bien que je brûle pour elle, Et que me la blâmer, c'est me faire mourir.^
Dites-moi qu'elle est sans reproche. Que sa constance est une roche , Que rien n'est égal à sa toi ; Prêchez-moi ses vertus, contez-m'en des merveilles. C'est le seul entretien qui plaît à mes oreilles : Mais pour en dire mal n'appMM liez point de moi.