‹ Poésies. Avec une noticeChapitre 118 sur 121 · ODE XLV · texte numérisé non relu

ODE XLV

LES TRAITS DE l/ A M 0 U R.

Requis par la troupe sacrée, Aux antres de Lemnos, uii jour Le noir époux de Cythéréc Forgeait les flèches de l'Amour.

Vénus, tendre et compatissante, Pour adoucir un peu leurs coups, Les trempait de sa main charmante Dans les flots du miel le plus doux.

Mais dans un perfide breuvage Son fils les plongeait à son tour...

Hélas! causer trouble et dommage, C'est le passe-temps de l'Amour.

Mars, des combats et des alarmes, Auprès de Vénus respirait.

11 raillait Amour sur ses armes, Que le Zéphyre emporterait.

» Ces traits-là valent mieux que d'autres. Dit le fripon; gageons ici Qu'ils sont plus pesants que les vôtres; Tenez, jugez de celui-ci. »

Mars, en riant de son délire, Reçoit la flèche de l'enfant :

Vénus sourit, le dieu soupire Auprès de l'Amour triomphant.

« Reprends ta flèche meurtrière , Amour; de grâce, reprends-la... — Non, dit l'Amour, elle est légère ^ Le Zéphyre l'emportera ! »

ODE Lin.

La rose, doux présent des cieux, Semble sourire à la nature; De la terre aimable parure, La rose est le souffle des dieux.

Vénus la reçoit ou la donne; Les Muses en parent leurs fronts; Et, l'entrelaçant en festons.

Les Grâces en font leur couronne.

Heureux celui qui la moissonne!

Fidèle image du plaisir, Quoique l'épine l'environne.

On aime encore à la cueillir.

316 TlUnnCTIONS.

Charme de tout ee qui respire, Vierges, elle orne votre sein; Poëte, elle ombrage ta lyre; Buveur, elle embaume ton vin.

Partout la rose : elle colore Des nymphes les bras demi-nus; La rose est aux doigts de l'Aurore, La rose est au front de Vénus.

Quand elle a perdu sa jeunesse Et son empire d'un matin.

Par son odorante vieillesse Elle prolonge son destin.

On nous raconte que Cybèle, Lorsque Vénus reçut le jour.

Embellit son nouveau séjour, Et créa la rose pour elle.

Les dieux cultivent celte fleur; De son nectar Bacchus l'arrose, Et ce nectar donne à la rose Et ses parfums et sa couleur.

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