LA JEUNE ÉPOUSE
Vierges filles des mers , jeunes Océanides , Écartez le soleil de vos grottes humides.
Les sons de la cithare au bruit des coupes d'or S'unissent ; et déjà la fille d'EIphedor, Nais , vierge au front pur, de roses couronnée , Rêveuse s'est assise au banquet d'hyménée. Toutefois par moment, son regard inquiet Mesurait le déclin du jour qui s'enfuyait.
« La nuit vient , disait-elle , et bientôt voici l'heure Oîi doit s'ouvrir pour moi la nouvelle demeure. Doux seuil ! toit paternel ! Heurs qu'arrosait ma main ! Mes yeux, sans vous trouver, vous chercheront demain Mon père , et vous, mes sœurs , à qui je fus si chère !
11 faut nous séparer 0 ma mère , ma mère !
L'inexorable hymen va m'imposer sa loi , Le baiser du réveil ne sera plus pour toi. «
Dans l'épaisseur des bois , s'ouvrait l'enceinte agreste
Où jadis la Pudeur eut son autel modeste :
Un sentier peu connu , de mousse recouvert ,
Conduisait au parvis de ce temple désert.
Là , tandis que Vesper cache encor son étoile,
La virginale épouse , abandonnant le voile
Dont le prêtre d'hymen a paré ses cheveux,
Vient à l'humble déesse offrir ses derniers vœux.
52 ÉLKGIES.
Les yeux baissés , au temple elle arrive en silence; La lige d'un beau lis dans sa main se balance. Sur Taulcl , d'un lait pur elle épanche les flots , Se prosterne, et sa voix laisse échapper ces mots: « Sainte Pudeur, accepte une dernière offrande. ïu ne me verras plus enlacer la guirlande , Couronner tes autels de bandeaux et de fleurs; Je ne puis désormais le donner que des pleurs. »
Arrosant de ses pleurs le beau lis qu'elle effeuille' La fille d'Elphédor un moment se recueille , Imprime sur l'autel un baiser triste et doux , Et lentement retourne au banquet de l'époux. L'époux distrait, cherchant son épouse charmanle , Oubliait et la fêle et la coupe écumanlc. Il voit Nais , et, l'œil étincelant d'amour. Accuse de lenteur le char brillant du jour.
C'en est fait : dérobée aux larmes de sa mère,
Naïs... 0 chaste Nuit ! redouble ton mystère.
Tout est calme autour d'eux ; tout dort ; on n'en (end |)lus
Oue les soupirs mourants et les vagues refus.
Sainte Pudeur ! adieu : de ton culte jalouse ,
Vénus, Vénus triomphe , et la vierge est épouse ,
Et l'époux enflammé tremble que le soleil
Ne remonte avant l'heure à l'horizon vermeil.
Vierges filles des mers, jeunes Océanides, ;Reteneï le soleil en vos grottes humides.