‹ Poésies. Avec une noticeChapitre 27 sur 121 · LA JEUNE ÉPOUSE · texte numérisé non relu

LA JEUNE ÉPOUSE

Vierges filles des mers , jeunes Océanides , Écartez le soleil de vos grottes humides.

Les sons de la cithare au bruit des coupes d'or S'unissent ; et déjà la fille d'EIphedor, Nais , vierge au front pur, de roses couronnée , Rêveuse s'est assise au banquet d'hyménée. Toutefois par moment, son regard inquiet Mesurait le déclin du jour qui s'enfuyait.

« La nuit vient , disait-elle , et bientôt voici l'heure Oîi doit s'ouvrir pour moi la nouvelle demeure. Doux seuil ! toit paternel ! Heurs qu'arrosait ma main ! Mes yeux, sans vous trouver, vous chercheront demain Mon père , et vous, mes sœurs , à qui je fus si chère !

11 faut nous séparer 0 ma mère , ma mère !

L'inexorable hymen va m'imposer sa loi , Le baiser du réveil ne sera plus pour toi. «

Dans l'épaisseur des bois , s'ouvrait l'enceinte agreste

Où jadis la Pudeur eut son autel modeste :

Un sentier peu connu , de mousse recouvert ,

Conduisait au parvis de ce temple désert.

Là , tandis que Vesper cache encor son étoile,

La virginale épouse , abandonnant le voile

Dont le prêtre d'hymen a paré ses cheveux,

Vient à l'humble déesse offrir ses derniers vœux.

52 ÉLKGIES.

Les yeux baissés , au temple elle arrive en silence; La lige d'un beau lis dans sa main se balance. Sur Taulcl , d'un lait pur elle épanche les flots , Se prosterne, et sa voix laisse échapper ces mots: « Sainte Pudeur, accepte une dernière offrande. ïu ne me verras plus enlacer la guirlande , Couronner tes autels de bandeaux et de fleurs; Je ne puis désormais le donner que des pleurs. »

Arrosant de ses pleurs le beau lis qu'elle effeuille' La fille d'Elphédor un moment se recueille , Imprime sur l'autel un baiser triste et doux , Et lentement retourne au banquet de l'époux. L'époux distrait, cherchant son épouse charmanle , Oubliait et la fêle et la coupe écumanlc. Il voit Nais , et, l'œil étincelant d'amour. Accuse de lenteur le char brillant du jour.

C'en est fait : dérobée aux larmes de sa mère,

Naïs... 0 chaste Nuit ! redouble ton mystère.

Tout est calme autour d'eux ; tout dort ; on n'en (end |)lus

Oue les soupirs mourants et les vagues refus.

Sainte Pudeur ! adieu : de ton culte jalouse ,

Vénus, Vénus triomphe , et la vierge est épouse ,

Et l'époux enflammé tremble que le soleil

Ne remonte avant l'heure à l'horizon vermeil.

Vierges filles des mers, jeunes Océanides, ;Reteneï le soleil en vos grottes humides.

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