‹ Poésies. Avec une noticeChapitre 28 sur 121 · STÉSICHORE · texte numérisé non relu

STÉSICHORE

Pour la première fois du sort abandonnée , Aux parvis de Minerve Athènes prosternée Accusait de ses maux Périclès et les dieux. Par les dieux inspiré , le jeune Stésichore S'avance ; et sous sa main le bouclier sonore Remplace les accents du luth mélodieux.

Prêtant des sons plus fiers à l'Élégie en larmes , Nobles Athéniens , il vous rappelle aux armes ; Il chante les lauriers cueillis à Marathon : Il chante ; et de Tyrtée on crut voir le génie Guidant Lacédémone aux champs de Messénie , Ou le dieu de Claros armé contre Python.

« Vainqueurs de Marathon I quel trouble vous égare I I) Levez-vous, triomphez de Sparte et deMégarej » Échappez à l'affront de leur joug odieux. » Sparte et Mégare en vain jurent votre ruine ; I) Vainqueurs de Marathon ! vainqueurs de Salamine l I) Répondez-moi de vous , je vous réponds des dieux.

» Les cruels ! si jamais ils touchent nos rivages , t) Malheur à nous 1 suivis du deuil et des ravages , » Ils briseront des morts les pieux monuments; » Et de nos fiers aïeux les cendres désolées , » Sur nos fronts avilis retomberont mêlées » Aux cendres des palais et des temples fumants.

I) 0 Pudeur ! verras-tu la barbare licence

» Au pied de ta slatue outrager l'innocence ,

» Et souiller le pur sang des antiques héros !

I) Athènes ! verras-tu nos vierges profanées

» Rougir au nom de mère , et pleurer condamnées

» A nourrir dans leurs flancs les fils de tes bourreaux !

I) Ah ! de ces noirs destins que le fer nous préserve !

» Notre ville eslencor la ville de Minerve :

I) Athènes défendra les dieux de ses foyers ;

» Athènes aux vainqueurs ne sera point soumise !

» Doux flots de l'Ilissus ! fraîches eaux du Céphiseî

H Vous n'abreuverez point leurs sauvages coursiers. »

Aux rapides accords du renaissant Tyrtée, On dit que tout à coup de Mitierve agilée Tressaillirent la lance et le bouclier d'or. Un aigle s'élança dans la plaine azurée , Dispersa des vautours la troupe conjurée , Et sur l'olive en fleur reposa son essor.

A ce présage heureux , en agitant le glaive , Dans sa force première Athènes se relève; Les braves sont armés de leurs longs javelots ; Ils partent , plus joyeux que ces brillants Ihéores Dont les groupes , mêlés aux chœurs des canéphores j Volaient, parés de fleurs, aux fêtes de Dé I os.

Les hymnes d'espérance et les chants de victoire , Frappant de Sunium le vaste promontoire , Retentirent au loin dans l'espace des airs ; Et les échos sacrés de l'enceinte divine Enlretinrcnl longtemps du nom de Salamine Les échos des vallons, des rochers et des mers.

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