‹ Poésies. Avec une noticeChapitre 31 sur 121 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

De jours délicieux composer tes destins 1

Que l'ambre le plus pur s'exhale à tes festins ;

Que les Plaisirs , fixés dans tes belles demeures ,

Précipitent pour toi les pas légers des Heures;

Que le char des moissons fatigue tes taureaux;

De tes saules nombreux que les souples rameaux

Ne suffisent qu'à peine à tresser les corbeilles

Qui rompent sous le poids des vendanges vermeilles I

Et moi , je reviendrai sous ces toits éclatants ,

Ainsi que l'hirondelle au souffle du printemps ,

Saluer de nouveau tes sonores portiques ,

Et consacrer un hymne à tes dieux domestiques. »

(I — Étranger, dit Lycus , porte ailleurs tes accords :

Fais entendre ton hymne au sombre dieu des morts ;

Il t'attend. Aussi bien ta plainte m'importune ;

J'eus toujours en horreur l'aspect de l'infortune. »

Triste , le cœur navré , le sublime vieillard

Au ciel qu'il ne voit plus lève encor son regard ;

Il sort ; mais près du seuil un instant il s'arrête :

« Que mes maux , ô Lycus ! retombent sur ta tète !

Puissent les immortels, justement irrités,

Borner enfin le cours de tes prospérités !

Puisse ta dernière heure amener à ta porte

D'héritiers à l'œil sec une avide cohorte

Qui , dévorant tes biens , semble te reprocher

L'obole que la mort paye au fatal nocher !

Toi , ville sans pitié, sourde aux chants du poète,

Que pour tes murs ingrats la lyre soit muette !

Et qu'elle-même un jour la sévère Junon

Abandonne à l'oubli ta poussière sans nom ! » -

Aussitôt de l'enfant la main compatissante

Le guida vers les bords de la mer blanchissante ;

Et , sur la grève assis , le vieillard en ces mots

m ÉLÉGIES.

Clianla son dernier chant, au bruit mourant dos Ilots :

« 0 fleuve paternel ! beau Mélès ! doux rivage

Où Crithéis , ina mère , éleva mon jeune âge ,

Quand Jupiter encor permettait à mes yeux

De voir les traits de l'homme et la clarté des cieux !

Frais vallons ! bois sacrés ! verdoyantes prairies !

Laissez , laissez du moins vos nymphes attendries

Aux fidèles échos redire quelque jour

Votre Mélésigène exilé sans retour.

Et vous , dont je n'obtins pour ombrager ma tète

Qu'un stérile laurier, jouet de la tempête ,

Muses , filles du ciel ! recevez mes adieux.

Je ne chanterai plus les héros ni les dieux ,

Ni les tours d'Ilion par les Grecs menacées ;

Ni l'épouse d'Hector devant les portes Scées ;

Ni d'Achille outragé l'inllexible repos;

Ni le fils de Laërte au loin battu des flots.

Déjà ma voix ressemble à la voix monotone

De la faible cigale aux premiers jours d'automne ;

Déjà cessent pour moi les sons mélodieux :

Muses ! filles du ciel ! recevez mes adieux. »

Homère ainsi chantait , quand le dieu de la lyre Fit entendre ces mots au fond du sombre empire : « 0 Parques , arrêtez ! L'arbitre souverain tlavit les jours d'Homère à vos ciseaux d'airain. » Il dit, et l'enleva dans le sein du nuage; Et l'enfant de Samos resta seul sur la plage. Les Sirènes, dit-on , ces Muses de la mer, Recueillirent le chantre aimé de Jupiter; Et quand , la lyre en main , belles Achéloidos *, U charme de sa voix vos demeures humides ,

Î.PS Sirèijes Kieiit tilles du fleuve Acliéloùb

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