‹ Poésies. Avec une noticeChapitre 48 sur 121 · LA GAZELLE · texte numérisé non relu

LA GAZELLE

Du beau chasseur amante désolée , Zora plaintive aux rivages persans Errait un soir, et ses tristes accents Retentissaient du mont à la vallée.

Sous les rameaux d'un cèdre verdoyant, Elle aperçoit la Gazelle tremblante Qui se débat sur la terre sanglante, Et lève encor ses yeux vers l'orient.

Zora soupire : « Hélas! hélas! dit-elle, Toutes les deux aurions-nous même sort?

Du beau chasseur le trait donne la mort, Et comme moi tu meurs, blanche Gazelle! Un jour, timide et le front suppliant, H vint, et dit : « Zora, ma bien-aimée, » Tes yeux sont doux; ton haleine embaumée » A la fraîcheur des brises d'Orient. »

86 CHANTS ÉLËGIAQUES.

» Je l'écoulai : mon âme tout entière S'abandonnait à ses trompeurs accents.

Je le suivis sous Tarbre de l'encens, Et je sentis se fermer ma paupière.

Le lendemain , le cruel m'oubliant Portait ailleurs ses promesses volages; Le jour d'après il déserta nos plages, Et pour l'Europe il quitta l'Orient.

» J'adoucirai le mal qui te dévore , Jeune Gazelle ! Aux plaines d'Ispahan Les végétaux, richesse du Persan, Pour te guérir s'empresseront d'éclore.

Viens avec moi dans le vallon riant, Viens avec moi, tu seras ma compagne; Et, chaque jour, pour toi sur la montagne J'irai cueillir le baume d'Orient.

1) Quand toutefois l'inflexible Arimane Aura marqué le dernier de mes jours, En racontant mes funestes amours , On me plaindra dans la tribu persane.

Sous les rameaux d'un cèdre verdoyant J'irai mourir; et toi, blanche Gazelle, Tu dormiras jusqu'à l'aube nouvelle Sur mon tombeau placé vers l'Orient. >i

CHANTS KLÉGIAQUES. 87

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