‹ Poésies. Avec une noticeChapitre 47 sur 121 · LE PHÉNIX · texte numérisé non relu

LE PHÉNIX

Sous les pas du chameau les sables de Libye En poudreux tourbillons sélèvent jusqu'au ciel : Les peuples sont venus , car l'oiseau d'Arabie S'élance, après dix jours , du tombeau paternel. Avant que le soleil, vaste flambeau du monde, Atteigne, plus ardent, son zénith enflammé , Le beau Phénix, éclos de la cendre féconde , Ira porter son père au bûcher parfumé.

Le temple du Soleil découvre son portique ; Et l'Arabe en ces mots commence le cantique :

« Phénix , amour du ciel , écoute nos accents ; Phénix , amour du ciel , porte-lui notre encens.

„ Apparais, noble oiseau , père et fils de toi-même l Montre-nous de ton front l'étoile diadème , l'on cou doré , ton bec d'émeraude et d'azur, Ton aile où , diaprant l'albâtre le plus pur, Le brillant incarnat nuance ton plumage. De la pourpre d'Anir éblouissante image.

Que le rapide éclair s'échappe de tes yeux ;

Qu'il brille , ce regard qui , des champs du tonnerre ,

Traverse en un instant rimmensité des cieux,

Et voit ramper l'insecte aux bornes de la terre.

» Phénix, amour du ciel , écoule nos accents; Phénix , amour du ciel, porte-lui notre encens.

» De tes ans merveilleux l'étonnant témoignage Par la voix des vieillards fut transmis d'âge en âge. Cinq fois l'astre pompeux qui dispense le jour De ta centième année éclaira le retour : Beau Phénix! ahl dis-nous quel jour te vil éclore. Es-tu né d'un rayon de la vermeille Aurore? Des dieux le souffle pur a-t-il , du haut des airs , Semé ton germe heureux au sein de nos déserts ; Ou , quand régnaient au loin les ténèbres profondes , Heposais-tu déjà dans le berceau des mondes?

» Phénix , amour du ciel , écoule nos accents ; Phénix , amour du ciel , porte-lui notre encens.

» Depuis l'heure où ton vol tranquille et solitaire

Se balance au milieu des globes éclatants ,

Oh ! combien de mortels ont passé sur la terre ,

Nomades engloutis dans les déserts du temps I

Las d'errer sans espoir, caravane oubliée ,

En des sables mouvants sans ruisseaux et sans fleCi-3,

Ils ont enfin trouvé le terme des douleurs,

Et leur tente d'un jour pour jamais s'est pJiée.

Il Phénix , amour du ciel , écoute nos accents ; Phénix ; amour du ciel, porle-lui notre encens.

CHAiNTS ÊLÉGIAQULS. 85

» Recommande au soleil les trésors de nos plaines :

Qu'il mûrisse la datte et ses sucs nourriciers ,

Des troupeaux de Cédar épaississe les laines,

Donne aux chameaux la force et l'audace aux coursiers ,

Et détourne des vents les mortelles haleines ;

Qu'à l'approche du soir il dirige vers nous

Le voyageur errant aux plages étrangères ;

Qu'il colore au matin do ses feux les plus doux

Le berceau de nos fils, la tombe de nos pères I »

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