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LES JALOUSIES LITTÉRAIRES

Il ne se souvient pas que les Muses sont soeurs; Il u'a goûté jamais la volupté suprême De s'entendre applaudir dans un autre soi-nieuir; Et, ses vers exceptés, naimanl rien qu'à doir.:... Malheureux! vingt succès valent-ils un ami?

0 Racine ! ô Boileau ! véritables modèles

Des rares écrivains et des amis fidèles !

L'un à l'autre enchaînés jusque dans l'avenir,

Vos deux noms fraternels n'ont pu se désunir.

La mort seule brisa votre chaîne invincible.

Quand l'un de vous, trop faible, hélas! et trop sensible,

Disgracié d'un roi dont il blessa l'orgueil,

Va payer de sa mort le refus d'un coup d'œil ,

Avec un long effort, près de la dernière heure/,

Sa voix éteinte adresse à l'ami qui le pleure

Un seul mot où son cœur s'exhale tout entier :

(( Je meurs heureux, dit-il; car je meurs le premier.»

Prétendez-vous comme eux vivre dans la mémoire?

Égalez leurs vertus pour atteindre à leur gloire.

Un génie obscurci d'envieuses vapeurs

Ne jette qu'un feu pâle et des éclairs trompeurs.

Accablez de ses torts celui qui vous irrite.

Mais ne déguisez point l'éloge qu'il mérite.

Par des mortels jaloux vous êtes outragés,

Soyez justes pour eux, et vous serez vengés,

imprudents ennemis! n'allez point dans la lice Des sots toujours ligués réjouir la malice : L'un à l'autre plutôt servez-vous de soutiens. Qu'ils renaissent pour vous, ces heureux entretien Où s'échauffe l'esprit, où l'àme se ré\ cille, Uu le choc fait juillir lu ilauiuK' cpii bomnicillc,

Où le goût, rallumant son anliqiie flambeau, Avertit Técrivain des nuances du beau.

Songez-y, les enfants divisés par la haine Appauvrissent bientôt le paternel domaine : N'immolez point le vôtre à de fougueux débats. Disputez-vous la palme , et ne la brisez pas.

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