a longue histoire, et les simples chansono
Qu'à leur foyer les filles des Saxons
ALFRED. iaS
Chantaient, la nuit, en allenJant ienr père. Mais, par hasard, venait-il quelquefois A rappeler quelque triste aventure De rois proscrits cachés au fond des bois, Il se troublait; les cordes sous ses doigts Ne formaient plus qu'un lugubre murmure; Morne et pensif, il demeurait sans voix. Ce n'était point la vague rêverie Du paire obscur qui songe à ses troupeaux, Aux fruits des bois, aux fleurs de la prairie, En essayant sur ses légers pipeaux Un air d'amour pour la beauté chérie.
D'un soin plus grave il semble inquiété : Tout le trahit, ses discours, son silence; Et, sur ces bords trop longtemps arrêté, Vers d'autres li-^ux en espoir il s'élance, Impatient de son obscurité.
Olgard un jorn* lui dit : « Ton luth sommeille.
Et loin de nous tu rêves à l'écart.
D'un chant guerrier viens flatter mon oreille :
Le chant guerrier rajeunit le vieillard, d
Edvin soumis se rend aux vœux d'Olgard.
Précipitant sa cadence plus vive,
Il veut chanter l'hymne de la valeur;
C'est vainement , et la note plaintive
Revient toujours soupirer la douleur :
Il Mon luth est triste; en vain je l'importune:
Aux sons de gloire il n'est plus destiné.
Tel il gémit dans le jour d'infortune
Où de son peuple Alfred abandonné..
— Oh! parlez-nous de ce roi détrôné,
Répétez-nous sa douloureuse histoire,
Dit la bergère; au bord du fb'uvc assis,
Vous la contiez un jour, el vos récifs Depuis ce jour occupent ma mémoire.
Alors Edvin, sur un mode touchant, Du roi banni redit le triste chant :
Alfred un jour, abandonné des braves, Vit ses sujets passer sous d'autres lois, El sous le joug des tyrans Scandinaves Courber le front pour la première fois. Plaignez Alfred et le destin des rois.
Un seul ami qui l'aima pour lui-même, En lui jurant de soutenir ses droits , Vint embrasser le roi sans diadème....
L'cmbrassail-il pour la dernière fois?
Plaignez Alfred et le destin des rois.
Dès le retour de l'aurore prochaine, Se dérobant aux féroces Danois , Il suspendit sa couronne au vieux chêne, Et le vieux chêne en tressaillit trois fois. Plaignez Alfred el le destin des rois.
Heureux Ecbert ! au beau pays de Fiance
Un roi fameux t'accueillit autrefois ;
Et, sans appui comme sans espérance, j
Ton héritier gémit seul dans les bois.
Plaignez Alfred et le destin des rois.
Depuis ce temps, on dit que son fantôme Dans la feuillée apparut une fois.
Peut-être , hélas ! songeant à son royaume , Sous quelque ombrage est-il mort dans les boi». Plaignez Alfred et le destin des rois.
Des pleurs mouillaient les yeux de la bergère; Elle disait : « Que je plains sa misère! Pourquoi le ciel, qui protège les rois, Ne l'a-t-il pas amené sous nos toits? Chéri (le nous, il eût béni mon père.
^Quoil se peut-il, répond Ed\in troublé,
Qu'il vous inspire un intérêt si tendre? Belle Edvitha! s'il pouvait vous entendre; De son malheur il serait consolé.
— Le nom d'Alfred est cher à mon grand âge, Poursuit Olgard; jadis par mon courage
Je dérobai son aïeul au trépas.
Suivant Ecbert au milieu des combats, Du fer levé je vis le coup funeste De ses vieux ans prêt à borner le cours : Je le sauvai ; mon^sang paya ses jours. Cette blessure est un bien qui me reste. » Il la montra sur son sein découvert; Puis il reprit : « Ce magnanime Ecbert Entre ses bras m'emporta sous sa tente; Il dénoua son écharpe éclatante, Et de mon sarg elle étancha les flots. Je la conserve. » En écoutant ces mots : (I Ah ! dit Edvin , permettez que je touche Ce don sacré d'un roi victorieux; Noble vieillard, permettez que ma bouche Presse un moment le tissu glorieux.
— Oui, » dit Olgard. Aussilôl il se lève,
Au mur poudreux oîi pendait son vieux glaive
Il prend l'écharpe. Edvitha, souriant,
En décorait Edvin impatient.
Dieu! quels transports il sent naître en son âme!
Dans ses yeux brille une subite flamme.
Olgard lui parle, il ne l'écoute plus;
Sa voix s'égare en des accents confus;
Il nomme Ecbert, parle de diadème...
Ce jeune Edvin , c'était Alfred lui-même.
Dès ce moment, la fille du vieillard N'occupait plus son âme tout entière.
Plus iiialiiial il quittait la chaumière,
Vers la chaumière il revenait plus tard,
A la veillée interrogeant Olgard,
Il ne parlait que du fier Scandinave.
Leur chef Ivar, si farouche et si bra\ c ;
Son frère Ubba, pirate au cœur de fer,
Moins digne fils du courageux Recner *;
Du camp nouveau les secrètes entrées;
Des monts voisins les routes ignorées :
Tel est d'Alfred Tcntretien le plus cher.
Quand du vieillard la longue expérience
L'avait charmé par d'utiles récits,
Il se levait, saisi d'impatience,
Et dans les bois par les ombres noircis
Perlait son trouble cl ses pas indécis.
A tout moment, non sans rougir de honte,
Il croyait voir, sous ses yeux éperdus,
L'auguslc Ecbcrt qui lui demandait compte
De tant de jours obscurément perdus.
Il s'écriait : « 0 père de mon père!
Me verras-tu longtemps humilié?
Et toi, Dévon, espoir de ma misère.
Dans ce désert m'as-tu donc oublié?
Tu me promis qu'un fidèle message
M'apporterait le signal du retour :
Sur les rochers qui bordent celte plage.
L'œil fixe, en vain je m'assieds tout le jour,
Rien ne paraît. Dans ce triste séjour
Me faudra-t-il consumer mon jeune âge?
Ah! si j'obtiens ce signal désiré,
J'en fais serment au Dieu de ma patrie,
* Recner ou Régner, roi de DanemaiU et barde fameux , qui, rcnrorme dans nue prison par son ennemi , aclit.a IranqniUemcnl son liymnc de niorl ?ii iniliou des SOI pents qui le dévoraient.
Seul, sans escorte et sans crainte, j'irai
De ces Danois affronter la furie;
Simple chanteur, j'irai, mon lulli en main,
Du camp d'Ivar observer l'étendue,
Et, préparant l'attaque inattendue,
De la victoire apprendre le chemin.
Un heureux sort près d'Ivar me protège:
Quand des Danois je soutins les assauts,
Ivar, absent, sur ses légers vaisseaux
Suivait son frère aux côtes de Norvvége.
Si mes exploits jusqu'à lui sont venus,
Mes traits du moins ne lui sont pas connus.
Sans défiance il m'ouvrira sa tente. »
Alfred ainsi trompait sa longue attente
Et les langueurs d'un pénible repos ;
Mais quand du soir roinfcrc couvrait la terre,
Il s'arrachait à ses rêves de guerre,
Et tristement ramenait ses troupeaux.
De ton monarque ami sage et fidèle , Noble Dévon ! alors fine faisais- tu?
Longtemps pour lui ton bras a combattu; Et, pour tenter une lutte nouvelle, Tu rends l'audace à son peuple abattu De combattants une troupe aguerrie Déjà s'apprête à servir ton dessein; Déjà ta voix fait tressaillir leur sein Aux noms sacrés de prince et de patrie Non loin du camp des farouches Danois, De Sommerset la forêt solitaire Voit sous son ombre accourir à la fois Tous les héros honneur de l'Angleterre.
Un jour Alfred, aux rayons du malin,
Était assis sur la déserte plage,
Et, de Dé, on attendant le message,
Ses yeu? erraient vers le sentier lointain.
A son oreille arrive un bruit soudain.
Entre le fleuve et l'aride clairière,
Passait Ubba; de six guerriers suivi ,
Fier du bulin dans sa course ravi,
Il retournait au camp divar, son frère.
Alfred entend sa formidable voix,
Qui, résonnant sur la rive escarpée.
Criait ces mots aux pirates danois :
« Tout doit tribut aux enfants de lépéc!
Qui lient un fer, amis, possède tout!
La terre est vaste, et nos biens sont partout!
Vous avez vu ces troupeaux qui bondissent?
Ils sont à nous; que vos mains les saisissent!
D'un tel présent rendons grâce au destin;
Élançons-nous dans cette île sauvage.
Et sur ses bords préparons le festin. »
Il fend les flots et toucbe le rivage.
Ses compagnons le suivent Le berger,
Posant son lulli sur la rocbe prochaine. Arme sa main du rameau d'un vieux clicnc, Marche au-devant du farouche étranger.
Et d'une voix menaçanle et tranquille : « Chef inconnu !■ qui t'amène en celte île? Qu'y cherches-tu? réponds. — Ce n'est pas toi.
— N'avance pas! — Qui me le défend? — Moi.
— Quel chef puissant règne sur ce parage?
— Moi. — Tu me plais. Aurais-tu du courage?
— Tu le verras. — Je te protégerai.
Le camp danois vaut bien ton pâturage; M'y suiviais-(u? — Je t'y précéderai.
— Quel cs-lu donc? — Que fimporte? pcul-clre
Dans peu d'inslanls je me ferai connaître :
Combats toujours. — Tu vas , faible pasteur,
De cet acier sentir la pesanteur.
— Frappe, et tais-toi. » Frémissant de l'injure,
Ubba de l'œil quelque temps le mesure.
Et la vengeance est au fond de son cœur.
Mais, du combat craignant déjà l'issue,
Tous les Danois sur Alfred élancés
Vont i'accabler; il lève sa massue,
Frappe , redouble , écrase à coups pressés
Les plus hardis à ses pieds terrassés.
Le reste au loin s'enfuit sur le rivage.
Lbba, les yeux étincelants de rage,
Fond sur Alfred; mais Alfred, sans terreur,
Lui laisse user sa force et sa fureur.
Bientôt , joignant la valeur cl l'adresse,
De foutes parts il l'attaque, il le presse;
Seul il l'entoure , et le pâle Danois
Trouve en un seul dix guerriers à la fois.
Du fer rompu l'inutile poignée
Reste en sa main ; il pousse un cri d'effroi.
Alfred s'arrête, et lui dit : « Remets-loi.»
Le fier Ubba voit sa vie épargnée ;
Il s'en indigne : « Insolent 1 tu mourras. »
La forte hache arme aussitôt son bras.
Terrible, il lève au-dessus de sa tête
Le coup pesant que sa vengeance apprête.
A sa rencontre Alfred s'est élancé;
D'un choc affreux le Danois renversé
Succombe : « Eh bienl dit Alfred, que t'en semble?
Faible pasteur, j'ai vaincu le Danois.
Oseras-tu nier une autre fois
Que je sois pâtre et guerrier tout ensemble?
— Honneur à toi! » dit le fils de Rccner;
Et pour frapper il soulève le fer.
Alfred échappe à sa rage trompée ; Des mains du traîlre il arrache l'épée , Et d'un sang noir fait ruisseler les Ilots. Intel rompant sa menace inutile, Le Danois rit , et meurt. Dans le repos Tout rentre alors, et le herger tranquille Va retrouver son luth et ses troupeaux.