CHANT PREMIER
Muse du Nord, qui, seule et recueillie.
Au bruit lointain de l'orageuse mer
Vas répétant , dans les longs soirs d'hiver,
De rÉcossais la ballade vieillie !
Soit que tes yeux s'arrèteut par hasard
Sur les créneaux de ces tours sépulcrales ,
Sanglants témoins des crimes du poignard;
Soit qu'à minuit tu foules à l'écart
Les marbres saints ou les tombes royales ;
Viens. Les esprits à la baguette d'or,
Rassemblés tous en des cercles sans nombre ,
Ont de Windsor peuplé la forêt sombre ;
L'heure est propice : aux sentiers de Windsor,
Du grand Alfred je veux évoquer l'ombre.
Apporte-moi le luth consolateur,
Dernier ami qui, fidèle à son maître,
Suivit au loin dans un exil champêtre
Ce roi caché sous l'habit du pasteur.
Libre au milieu de l'Angleterre esclave, Une île étroite, et ceinte de roseaux Qu'un double tieuve abreuvait de ses eaux, Se dérobait à l'œil du Scandinave.
Là demeurait un vieux soldat d'Ecbert : Olgard, issu d'une noble famille , Fuyait le monde, et sur ce bord désert Coulait des jours embellis par sa fille. Tout le hameau chérissait Edvitha :
Plus d'un pasteur la nomma la plus belle;
Plus d'un vieillard à son fils souhaila
De mériter une épouse comme elle.
Nouvel ami du vieillard généreux,
Le jeune Edvin dans la simple cliaiimière,
Qui de tout temps s'ouvrit aux malheureux,
Avait trouvé la table hospitalière.
Vers les rochers qui dominent les eaux
Il conduisait les chèvres vagabondes ,
Ou, dans les prés que baignent les ruisseaux,
L'agneau timide et les brebis fécondes.
Edvin cachait le secret de son cœur; Jlais d'Edvitha souvent à la veillée Il ramassait la guirlande effeuillée ; Même parfois il l'appelait sa sœur.
Ce nom de sœur, et si pur et si tendre, Qu'Edvin répète avec un doux accent , Trouble Edvitha , qui se plaît à l'entendre, Et qui tout bas répond en rougissant.
Telle une fleur qui, sur les eaux penchée. Se balançait au flexible rameau, S'échappe enfin, par les vents détachée. Et mollement suit le cours du ruisseau : Telle Edvitha s'abandonne sans peine Au sentiment dont le charme l'entraîne.
Quand les troupeaux, des prés quittant l'émail,
Sont renfermés dans l'ombre du bercail,
Edvin, assis aux pieds de la bergère,
Lui répétait la ballade étrangère,