PLAISIR ET PEINE
En même temps Plaisir et Peine Naquirent au divin séjour :
De Cythère l'aimable reine A ces jumeaux donna le jour.
Le dieu qui lance le tonnerre Leur départit des attributs :
Il donna des ailes au frère; Pour la sœur il n'en resta plus.
« Qui me conduira sur la terre , Dit-elle au monarque des dieux, Moi qui ne puis, comme mon frère, Franchir l'espace radieux? »
Il répond : « Bannis tes alarmes, Descends sur l'aile du Plaisir; Les blessures que font les armes, II prendra soin de les guérir. »
Voilà donc que Peine et son frère Viennent nous imposer des lois ; Sitôt qu'ils ont touché la terre, * Ils font usage de leurs droits.
Peine avec soin cachait son arme Sous l'aile de son protecteur :
Quand l'une arrachait une larme, L'autre accordait une faveur.
Et du Plaisir quittant les ailes, Peine veut seule voyager; Plaisir est caressé des belles ,
Peine aucun ne veut s'en charger.
Elle vient, malgré sa colère.
Le reprendre pour conducteur, Et celui qui loge le frère Doit avec lui loger la sœur.