L'AMOUR VRAI
« De ma Céline, amant modeste, Si je n'ai reçu qu'un aveu, II vaut à lui seul tout le reste ; Amour sincère exige peu.
J'ai captivé plus d'une belle ; Mais mon cœur, ah! croyez-moi bien, Les donnerait toutes pour celle Qui ne m'a jamais donné rien.
» Quoique Céline soit charmante, Je ne suis heureux qu'à demi ; Quoiqu'elle ait le cœur d'une amante, Je n'ai que les droits d'un ami ; Mais en vain son âme rebelle Refuse un plus tendre lien :
Je donnerais mes jours pour celle Qui ne m'a jamais donné rien. »
C'est ainsi que sous la ramée Chantait un soir le troubadour; Non loin de là sa bien-aimée Entendit ses accents d'amour.
Or, il obtint de cette belle Un prix qu'il méritait si bien ; II eut un doux baiser de celle Dont il n'avait eu jamais rien.