‹ Poésies canadiennes (volume 2)Chapitre 11 sur 52 · A L'ABBÉ H-R. CASGRAIN · texte numérisé non relu

A L'ABBÉ H-R. CASGRAIN

C'était le soîr d'un jour de fête, La fête du Saint-Sacrement.

Partout des drapeaux sur le faîte Des maisons flottaient fièrement.

Chaque rue était toute pleine Des fleurs de la procession, Et ces fleurs embaumaient Thaleine Du vent ivre d'émotion.

^2 Les Feuilles (V Erable

Le couchant, blond comme l'aurore, Empourprait les saints reposoirs Dont les cintres gardaient encore De vagues parfums d encensoirs.

Des femmes et des enfants roses, Epanchant l'encens de leur cœur, Foulaient les lilas et les roses Qu'avait semés l'enfant de chœur.

En foule les anges terrestres, Sous les feux du couchant «doré, Visitaient les berceaux agrestes Où le ciel même était entré.

Ils erraient, la prière aux lèvres, S'enflammant devant des monceaux De bouquets, de vases de Sèvres Qui rutilaient dans les berceaux.

Les deux drapeaux 63

Avec les groupes adorables Admirant chaque reposoir Festonné de feuilles d'érables, J'errais dans les rougeurs du soir.

Distrait, l'esprit hanté d'un rêve.

Je m'arrêtai sous un arceau De feuillage encor plein de sève, Encore ému d'un chant d'oiseau.

Au fond de la voûte de branches.

Sur un autel orné de lis.

D'héliotropes, de pervenches,

Deux grands drapeaux mêlaient leurs plis.

C'étaient l'étendard de la France Et la bannière d'Albion :

La grandeur avec la puissance, L'aigle veillant près du lion.

64 Le8 Feuilles d'ErcMe

Or, pendant que dans des extases Qui faisaient taire tout propos, Les femmes contemplaient les vases, Moi je regardais les drapeaux.

Je fixais les guidons de flamme Auprès desquels s'était posé Le pain mystérieux de Tâme Dans l'Ostensoir d'or enchâssé.

En face de ces deux bannières Formant le fond du saint tableau.

Je croyais ouïr les tonnerres De Fontenoy, de Waterloo !

Cependant les ombres noyèrent Du reposoir le frais arceau ....

Les charmants essaims s'envolèrent,.

Et je restai seul au berceau.

Les detix drapeaux 65

Tout à coup, dans la nuit suave Tombant des cieux calmes et clairs, Un drapeau prit une voix grave, Et laissa tomber ces mots fiers :

— Jamais le soleil ne se couche Sur l'empire où flottent mes plis.

Quel que soit le doigt qui me touche, Je suis sans tache comme un lis.

Je change la nuit en aurore.

Au grand condor je suis pareil, Et j'ouvre mon aile sonore, Sans en voiler aucun soleil.

Ma splendeur est toujours sereine.

Colombe qui voit tout venir.

Je vais cherchant pour l'arche humaine L'olivier saint de l'avenir I —

()() Les Feuilles d'Erable

Alor»le drapeau tricolore Parut prendre un plus vif éclat, Et sur l'autel, qui brille encore,.

Tout aussi fier, ainsi p*irla :

— Jamais le pauvre ne se couche Sans pain à Tombre de mes plis.

Malheur au lâche qui me touche.

Que je porte l'aigle ou les lis 1

Versant, formidable d'aurore, Un rayonnement sans pareil.

J'ai le frissonnement sonore De l'oiseau qui vole au soleil.

Je suis la lumière sereine Que chaque peuple voit venir,- Guidant la caravane humaine Vers l'oasis de l'avenir ! —

Les devAC drapeaux ^7

Et toujours devant les bannières Formant le fond du saint tableau, Je croyais ouïr les tonnerres De Fontenoy, de Waterloo !

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