‹ Poésies canadiennes (volume 2)Chapitre 3 sur 52 · A L'HONORABLE AUGUSTE-EEAL ANGERS · texte numérisé non relu

A L'HONORABLE AUGUSTE-EEAL ANGERS

Lieutenant-gouverneur de la province de Québec

Nous aimons exalter, dans nos banquets civiques, Quand de joie et d'amour le cœur du peuple est plein. Ces anciens gouverneurs français fiers et stoïques Dont la gloire illustra la cité de Champlain.

Nous tressaillons d orgueil, quand un tribun évoque Le souvenir des preux qui régnaient autrefois. Au nom de Frontenac, résumant une époque.

Nous sentons s'éveiller notre vieux sang gaulois.

14 Les Fenilles (V Erable

Descendants des héros de la chevalerie,

Barons, comtes, marquis sans reproche et sans peur,

Ils cultivaient la fleur de la galanterie

Si rare en notre grand siècle de la vapeur.

Ils parlaient de la cour de France le langage, Et Racine semblait l'avoir poli pour eux ; Et leur esprit, qu'Athène un jour eut en partage, Pétillait, débordait comme un vin généreux.

Hélas ! ces gouverneurs d'élite nous quittèrent ; Nous perdîmes avec ces braves notre appui.

Quand le dernier partit, des sanglots éclatèrent . . . . C'était tout notre espoir qui partait avec lui.

C'était le drapeau blanc, immortelle relique. Qui tant de fois avait guidé nos preux vainqueurs, Que nous voyions alors repasser l'Atlantique, Emportant dans ses plis des lambeaux de nos cœurs

A X'ifwc A-R. Angers 15

Le Canada subit le joug de l'Angleterre Contre qui nos soldats cent ans avaient lutté. Il pleura bien longtemps la France, cette mère Que nous avions perdue avec la liberté.

Mais nous restâmes tiers après notre défaite

Aussi brillante, aussi noble que le succès ;

Et tous, nous roidissant, au fort de la tempête,

Nous poussâmes ce cri : — Restons toujours français !

î^^ul ne put nous ravir le saint patriotisme

Qui fait que sous le ciel tous les fronts restent droits.

Le peuple combattit Taveugle despotisme,

Et son dévoûment tit triompher tous nos droits.

Nous chérissons toujours notre mère patrie, Quoiqu'elle nous vendît ainsi qu'un vil troupeau. Oui, nous l'aimons encore avec idolâtrie, Et rien n'émeut nos cœurs comme son vieux drapeau.

16 Les Feuilles d'Erable

Pourtant nous oublions les brillants militaires Qui nous faisaient jadis subir son joug si doux, Lorsque, pour remplacer ces anciens dignitaires, Notre race produit des hommes comme vous.

Page 1