‹ Poésies canadiennes (volume 2)Chapitre 42 sur 52 · UN GROUPE · texte numérisé non relu

UN GROUPE

Un groupe de Bohémiens Vient de s'arrêter dans la rue. . . .

Ils voyagent avec leurs biens Traînés par un boiteux qui rue.

Cheminant par monts et par vaux.

Epris de la grande nature, Ils font le trafic des chevaux, Et disent la bonne aventure.

202 Les Feuilles d* Erable

Ils sont indolents, paresseux, Vêtus comme des saltimbanques ; Cependant leurs goussets crasseux Sont gonflés de billets de banques.

On ne peut les habituer Au travail : le vol les enivre.

Ils sont trop lâches pour tuer, Mais aussi trop lâche pour vivre.

Ces gueux n'ont d'autre logement Qu'une cahute vermoulue Où règne despotiquement Un hercule à la peau velue.

Le cabanon marche avec eux, Tiré par l'animal en nage :

Ils y vivent sales, visqueux, A l'étroit comme en une cage.

Un Groupe 203

Ils ont fait halte, vers midi, Etalant tout leur patrimoine . .

Le cheval, qui n'est pas bandit, Hennit pour avoir son avoine.

Sur le toit du tandis roulant Un grand singe, à la barbe grise, Danse et gambade en miaulant Et fait voir toute sa bêtise.

/ Un vieillard, l'habit plein d accrocs.

Est assis à la vitre unique ....

Au seuil un chien montre ses crocs Au passant qui lui fait la nique.

Le dogue pousse un aboiement.

Quand quelque gamin tyrannique Se donne le fol agrément De faire ruer la bourrique.

204 Les Feuilles d* Erable

Deux petits garçons, à Yœil noir, Sont descendus de la voiture, Et cherchent, barrant le trottoir, A vendre une immonde imposture.

La foule leur fait des affronts.

Le plus vieux, mécontent, exhale Sa mauvaise humeur en jurons, Tendant quelquefois sa main sale.

Près d'eux, souriant aux badauds Attroupés devant une échoppe.

Leur mère, un enfant sur le dos.

S'offre pour tirer Thoroscope.

Mais elle a beau montrer ses dents Dont rémail, sans tache, étincelle.

Et rouler deux grands yeux ardents, Rien ne tombe à son escarcelle.

Un Groupe 205

Soudain le père pousse un cri .

La famille rentre frileuse.

A son passage, l'homme, aigri, Lève sa grosse main calleuse.

Il parle lair terrifiant A la femme qui se dérobe Pour donner le sein à Tenfant Dont les doigts déchirent sa robe.

Et, pendant que sur ses genoux La mère veut endormir Tange, Elle rétorque à son époux Par des mots tout suintants de fange.

Au fond de cet intérieur Où Toeil avec dégoût se plonge, — Le front mutin et lair rieur, Pressant les pores d'une éponge,

20() Les FeuiUea d'Erable

Une jeune fille est en train De laver une vieille Cène, Et passe sur Jésus sa main, En chantant un couplet obscène.

Cependant le beau soleil d*or, Dont rien ne peut souiller la coupe, Toujours clément, répand encor Des rayons dorés à ce groupe.

Et la nuit peut-être un oiseau Vient-il du ciel une minute Voir par la vitre le berceau Qui rayonne dans la cahute.

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