A J.-E.-Z. BOUCHARD
La nuit, le voyageur, seul sous le bois immense. Ressent un vague effroi qui le fait se hâter. Et parmi les rameaux son oreille en démence Croit entendre parfois des spectres chuchoter.
Il trouve de Thorreur jusque dans le silence. Pour se tromper lui-même, il se prend à chanter, Et, si quelque refrain lui répond à distance. Il poursuit son chemin sans plus s'inquiéter.
228 Leê FeuiUes d! Erable
Sous la foret de Fart toujours mystérieuse Souvent je marche Tâme hésitante, anxieuse, Car là risolement est pour moi si profond I
Mais je suis moins craintif dans Tombre où je chemine, Quand, en voulant toucher à la lyre divine.
J'entends vibrer au loin ta voix qui me répond.
UORAGE
Le soleil est brûlant comme le plomb fondu :
La nature se meurt ; partout l'herbe est flétrie Au fond des bois, le cerf, haletant, éperdu, Soupire et brame au bord de la source tarie.
Pas un souffle de vent, dans la plaine ternie, N'effleure les épis du blé roussi, tordu ; Le ruisseau ne dit plus sa fraîche symphonie. Et de l'orchestre ailé le chant est suspendu.
280 Len Feuilles d'Erahle
Mais un nuage noir, à la frange éearlate, Estompe le couchant : la foudre brille, éclate. Jette à tous les échos sa détonation ;
Le ciel s'ouvre : les blés s'inclinent sous l'ondée . . Et la nature alors, de nouveau fécondée, Semble se prosterner en adoration.