‹ Poésies (volume 2)Chapitre 18 sur 73 · LA TRAVERSEE GALANTE · texte numérisé non relu

LA TRAVERSEE GALANTE

A r>E JEOE DAME QUI ME VOULAIT PERSCADER DE FAIRE U>- VOYAGE ACS ILES

Tout est bien. Je ne veux pas mieux.

Bouche de fleur, doux œil d'étoile.

Ton souffle suffît à ma voile, Ton rayon suffît à mes yeux.

Que les Jasons ambitieux, Vers l'horizon qu'un brouillard voil<" Cherchent, en déployant leur toile.

D'autres terres sous d'autres cieuxî

Je navigue dans des j^arages

(Jue troublent parfois, seuls orages.

Tes courroux qu'on peut apaiser;

Et ma plus longue traversée, Au cap du Désir commencée. Aborde à File du Baiser!

SONNETS. 83

SONXEÏ DAXS LE GOUT ANCIEN

POCR I.A MÊME DAME QOI AVAIT RÉSOLC DE FAIRE PÉ?;iTE>CE DE SES FAOTE5 ET DES MIENNES

Ouui! Philis, sommes-nous fôcliés?

Vous jurez, bouche écaiiatine, De vous rendre bénédictine Pour vous laver de vos péchés !

Oyant cela sous la courtine, Les petits Amours débauchés A'eulent fonder des évèchés Dans la Gythère libertine.

Ainsi soit-il! Mignonne, adieu!

Si vous tenez votre promesse, Le couvent sera tôt en feu ;

Selon les rites du Permesse, Amour y sera le seul Dieu

8i SONNETS.

LES INGEXCES

Elles aiment le bal aux folâtres cadences, Le valseur dont les yeux s'enivrent de leurs yeux, Et. le cerveau troublé d'espoirs délicieux, Elles gardent, la nuit, le souvenir des danses.

Elles se font tout bas de longues confidences A propos d'un passant à Tair victorieux, Et leur discours empli de riens mystérieux Chante avec les oiseaux parmi les rameaux denses.

0 charme î avoir quinze ans pendant le mois de mai Sentir éclore en soi par un doux sortilège Les fleurs que l'on envie au jardin parfumé !

N'avoir point de soucis dont le cœur ne s'allège,

Et recevoir, furtive, avec un œil pâmé,

Le baiser d'un cousin qui revient du collège !

SONXETS. 80

LA XONNE

Le cloître haut-bàti parmi les avalanches Élève ses clochers pointus comme des mats: Dieu, par les prés de neige et les champs de frimas, Fait paître le troupeau de ses ouailles blanches.

Le voile sur le front, la corde sur les hanches,

La procession passe en réguliers amas.

Hélas ! sœur de ma sœur, ô seule qui m"aimas !

Ton lit, comme un cercueil, est fait de quatre planches.

Le scapulaire au col et le cilice aux reins. Tu savoures la j)aix grave du monastère, ^elon le rite, au bruit des lugubres airains.

Moi, je m'enivre encor des choses de la terre : Souviens-toi du pécheur dans tes rêves sereins, 0 femme qu'assainit un jeûne salutaire!

86 SONNET

FREDERIOLE

Tn soir, en visitant la vieille catliédrale (iothique dont j"aimais les clochetons sans pairs, Au bas de l'escalier qui se tord en spirale Je te vis, ù ma pâle Allemande aux yeux persî

Lasse, tu t'accoudais à la pierre murale, Pauvre ange endolori tombé des deux aperts î Et ton regard tout plein de candeur aururale Eclaira doucement la nuit où je me perds.

Goutte de miel échue à mon âpre calice ! J'aspirai parmi l'air qu'embaume l'encensoir Tes cheveux odorants comme un acacia.

Tu priais, à genoux sur une pierre lisse,

Et près de toi, dans l'ombre, étant venu m'asseoir

Je te dis : Liebst du mich? tu me répondis : la!

SONNETS

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