‹ Poésies (volume 2)Chapitre 4 sur 73 · LA DÉLICATE · texte numérisé non relu

LA DÉLICATE

J'ai conduit ma mie au village, Parmi les bois et les prés verts :

Au cri des vagues sur la plage Nous avons répondu des vers.

Nous avons gravi la colline

Le long des buissons épineux,

Et sa robe de mousseline.

En passant, s'accrochait aux nœuds .

26 PHILOMÉLA.

Sa bouche riait sur ma bouche En devisant près du ruisseau; Mais son pied fait pour la baboucb- Tressaillait au contact de l'eau.

Puis ce miroir, qui se rebelle, Éraillé par les cailloux blonds, ^'e la faisait pas assez belle, Et ma muse m*a dit : Allons !

A cheval sur un beau nuage, Rose flocon, houppe de lait.

J'ai conduit ma mie au rivage Où l'idéal étincelait.

Là, parmi les Édens sans voiles, Elle cueillait d'un doigt mignon Ces fleurs d'or que l'on nomme étoiles Et les plantait dans son chignon!

Mais lasse, un jour, dans retendue De poursuivre un follet trompeur, A mon cou doucement pendue, Tremblante, elle m'a dit : J"ai peur !

Alors, à la blonde volage :

0 muse blonde, que veux-tu ?

Tu n'aimes pas le gai village.

Son e'glise au clocher pointu,

Les grillons chantant sous le seigle.

Les bergers dormant sous les houx.

Et tu n'as pas les yeux d'un aigle Pour braver le irrrfhd soleil roux î

Veux-tu, pleurant sur une tombe.

Habiller tes chansons de deuil '?

Hélas ! une larme qui tombe Rougirait le coin de ton œil.

En fière amazone équipée, Aimes-tu les combats sanglants '?

La sueur rouge de l'épée Déshonorerait tes pieds blancs.

Et la belle a dit : Ce que j'aime?

Je préfère aux ombres du soir, Aux senteurs de la rose même.

L'ombre et les senteurs du boudoir!

Qu'autour de moi tout s'efîémine! A travers la création J'ai des épouvantes d'hermine.

De sensitive et d'alcvon.

Mes yeux épris d'ombres choisies Craignent le noir des vastes nuits ; Le jour aux rouges frénésies Offense mes tendres ennuis.

PIIILOMÉLA. 29

Il faut aux lieux où je repose, Si pâle sous des rideaux bruns, Que l'on répande un encens rose, Qu'on m'éclaire avec des parfums.

Je veux, dans la pâte d'amande Parfumant mes ongles, avoir Le divan sombre oii j« m'étende, Cygne endormi sur un flot noir.

A moi les robes de guipure, Où, s'harmoniant à mon teint.

Frissonne sur la trame pure La clarté du miroir éteint,

Et pour ma toilette éternelle, Lorsque viendra le jour fatal, Je veux un linceul de dentelle.

Dans une bière de santal !

oO PHILOMELA.

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