LE ROSSIGNOL
C'était un soir du mois où les grappes sont mûres, Et celle que je pleure était encore là; Muette, elle écoutait ton chant sous les ramures, Élégiaque oiseau des nuits, Philoméla !
Attentive, les yeux ravis, la bouche ouverte, Gomme sont les enfants au théâtre Guignol, Elle écoutait le chant sous la frondaison verte, Et moi, je me sentis jaloux du rossignol.
6 PHILOMÉLA.
« Belle âme en fleur, lîlas où s'abrite mon rêve, Disais-je, laisse là cet oiseau qui me nuit.
.\h! méchant cœur, l'amour est long, la nuit est brève! Mais elle n'écoutait qu'une voix dans la nuit.
Alors je crus subir une métamorphose!
Et ce fut un frisson dont je faillis mourir.
Dans un être nouveau ma vie était enclose, Mais'j'avais conservé mon âme pour souffrir.
Un autre était auprès de la seule qui m'aime, Et tandis qu'ils allaient dans l'ombre en soupiras*, désespoir! j'étais le rossignol lui-même Qui sanglotait d'amour dans le bois odorant.
Puis elle s'éloigna lentement, forme blanche. Au bras de mon rival assoupie à moitié ;
qu'à me voir seul et triste sur ma branche
lies du ciel s'émurent de pitié.
PHfLOMÉLA
Ce fut tout; seulement, dès Taurore prochaine ( Je n'ai rien oublié : c'était un vendredi ) Des enfants qui passaient virent au pied du chêne Un cadavre d'oiseau déjà sec et roidi.
« Il est mort! » dirent-ils, et de son doigt agile L'un d'eux creusa ma fosse à l'ombre d'un roseau, Et, tout en enfermant mes plumes sous l'argile. Il priait le bon Dieu pour le petit oiseau.
8 PIIILOMÉLA.