‹ Poésies (volume 3)Chapitre 3 sur 78 · ARIANE · texte numérisé non relu

ARIANE

Azur, neige, cinabre !

Splendeur et pur dessin

Du sein Dont la pointe se cabre !

Fureur de l'astre ! essor Rouge dans la nuit noire ;

gloire Des chevelures d'or !

PlIILOMELA. 9

Aube immense des pôles I Baiser torrentiel

Du ciel Sur les belles épaules !

Vague dispersion Des célestes fumées

Pâmées Dans les bras d'Ixion !

Candeur des citronnelles I Mânes des lys défunts !

Parfums Des lampes éternelles !

Rythme pompeux du vers !

Blanches apothéoses

Des choses Dans les soleils ouverts!

10 PHILOMÉLA.

Déchirement des voiles, Et tout ce que l'orgueil

De rœil Cherche dans les étoiles,

Les Dieux l'ont amassé Dans les bras d'Ariane,

Liane Où je suis enlacé !

Ariane^ farouche Habitante des bois.

Je bois Les baumes de ta bouche î

C'est toi qui me conduis A travers l'épouvante

Vivante Des forêts et des nuits !

PIÏILOMÉLA. H

Les bêtes, dans nos courses, Te suivent par convois ;

Ta voix Charme le cœur des ourses !

Les chats-tigres félons Baisent avec délices

Les lisses Rougeurs de tes talons !

Tu courbes la panthère A subir comme moi

La loi Divine d'un mystère I

reine enfant! tu peux Interrompre d'un geste

La sieste Des grands lions pompeux

12 PHILOMÉLA.

Et, caprices énormes, Rougir leur vaste flanc

Du sang

Des mûres ou des cormes,

Et bientôt sur les lierres Tassoupir à demi

Parmi Leurs troupes familières.

Et mêler à foison

Leur crinière moins blonde

A l'onde

Folle de ta toison, ^

Cependant que le feu De ta lèvre m'abreuve,

veuve ^

Adorable d'un Dieu I

PflILOMÉLA. 13

Mais, enfant, puisque Tombre Des grands ravins te plaît,

Il est Une forêt plus sombre.

Ta nuque où Tastre luit N'a pas d'or sous le peigne

Qui teigne D'aurore cette nuit I

Solitudes funèbres Que roule vers l'enfer

La mer Houleuse des ténèbres !

Là, jamais le sanglant Eclair de l'escarboucle

Qui boucle Ta ceinture à ton flanc,

14 • PÏIïLOMÉLAw

Ni ton regard qui creuse, Gomme un soleil, des Irous

D'or roux Dans la nuit ténébreuse.

Ni tes lèvres en fleurs Ne pourraient faire luire

Le rire *

Éclatant des couJcurs !

C'est l'énorme broussaille Et l'antre et le ravin

Qu'en vain L'aube candide assaille,

C'est le gouffre vainqueur Du ciel et le désastre

De l'astre, C'est mon cœur! c'est mon cœur!

PIIILOMÉLA. «

détestable gîte

De monsk^es ! longs abois

Du bois Qu'un souffle impur agitet

Dans les repaires noirs Où leur venin s'égoutte,

J'écoute Ramper mes désespoirs !

Mes remords, bêtes moraes, Passent en défaillant.

Fouillant Leurs ventres de leurs cornes,

Et des singes poltrons A la paupière bleue

La queue S'enlace autour des troncs î

16 PHILOMÉLA.

Amoureuse des roses Et des œillets naissants,

Descends Dans mon cœur, si tu l'oses,

Dans mon cœiir dévaste, vivante statue

Vêtue De ta seule beauté I

Sois l'amour! sois l'aurore!

Perce, rayon d'azur,

Le mur De la nuit incolore!

Que sur l'ombre l'amour Éperdu se déploie

Et noie La baine dans le jour!

t>niLOMÉLA. 17

Et les monstres infilmes Sentiront, sous tes yeux,

En eux Des éclosions d'âmes !

Et, pareille au chasseur Qui rapporte avec joie

Sa proie, Ariane, ma sœur,

Des go\ifîres infertiles Quand tu remonteras,

Les bras Enlacés de reptiles,

La troujx^ des amants Chantera sur l'ivoire

La p:loir(î Des sourires charmants.

PHI tO MELA.

Et, reine aux beltes poses.

On te verra, le sokr,

T'asseoir Dans les apothëogesl

Tandis que, Wiom^hant, Je baiserai tes DOse&

Décloses, délicate enfaat

Dont le rire m.'ac«ueiji«, La nuit, dan^ les massifs

Lascifs D'orne et de chèvrefeuille !

PHILOMlfiLA. iî>

LE. BENITIER

A Léon Gladbl.

L'enfer qui donne aux lys le poison des ciguës A mi^ eoiEUe uAch^jime exécrable et vainqueur; Avec sa dent de neige aux morsures aiguës Cette méchanbe femme a déchiré mon cœur.

Dans ma lâche poitrine elle a fait une brèche Afin de déchirer mon cœur, et c'est son jeu Familier d'y planter son doigt comme une floche ! Elle a l'humeur joyeuse et ne croit pas en Dieu.

On ne la vit jamais se signer, accourue Dans réglise à Tappel désespéré du glas ; Lorsque les corbillards défilent dans la rue, Elle a des mots charmants qui font rire aux éclats

La nuit, dans les langueurs chaudes de Tinsomnie, Elle quitte parfois ma couche, et les démons L'accueillent à la fête énorme où communie Le peuple des damnés éperdus sur les monts !

Et quand Taurore a terrassé la messe noire.

L'infâme dans mon cœur saignant, saignant toujours, Afin de compléter le rit blasphématoire, Trempe son ongle rose et se signe à rebours.

PrtîLOMÉLA. 21

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