SURVIVANCE
Dans la faïence d'Yeddo Où s'écorne en un filet d'eau
La lune étroite, La fleur que je cueillis hier Ouvre encor son calice fier
Et se tient droite.
Bien qu'un doigt brutal ait brisé Sous les pleurs d'un matin rosé
Sa tige frêle, On dirait que la sève encor Montant du sol au pistil d'or
Circule en elle.
Tant, avec son arome frais, (Toi-même tu t'y tromperais,
Subtile abeille !) Éclate triomphalement Gomme un rire de jeune amant
La fleur vermeille!
La face d'un décapité.
Où Ton ne sait quelle clarté
Dans Tœil s*obstine, Semble aussi vivre, quand le sang Ruissela, sombre, éclaboussant
La guillotine.
Et je songe en- mon triste esprit A ma jeunesse qui sourit.
Alerte et forte.
Mais qui ne tient plus à mon cœur ; Ardente, heureuse, à l'air vainqueur,
Et pourtant morte.