‹ Poésies (volume 3)Chapitre 42 sur 78 · LA BONNE REPONSE · texte numérisé non relu

LA BONNE REPONSE

« Entre 1 » dit l'exécrable Prince.

La nuit grossissante montait Les marches des autels ; c'était Dans une église de province.

Une nonne, sous l'ostensoir De la plus petite chapelle, Bas, lentement, comme on épelle, Disait les prières du soir.

«ÎOfi SOIRS MOROSES.

Son visage, quoique très jeune, Avait le ton d*ivoire éteint Que donnent quelquefois au teint L'appétit mystique et le jeûne.

Un instinct de vivre à Técart Effarait tout ce corps de vierge; La clarté dolente d'un cierge Était la sœur de son regard.

Or, le Compagnon traître et louche Me dit : « Parle î » Je me roidis.

« Nonî » criai-je. Mais j'entendis Qu'il parlait déjà par ma bouche. •

« Vivre est doux. Le cloître est hideux.

« Son espoir, la mort le déjoue.

« Aime, ris ! on a sur la joue

« Les roses que l'on cueille à deux.

« Lorsque rétincelle amortie « Dans tes yeux se rallumera, « Toi qui priais, on te prîra, « Et ton baiser sera l'hostie.

« Aime, chante ! elle dure peu, « L'heure douce qui noiis convie.' « Deux' ou trois printemps, c'est la vie; « Puis tu mourras, comme ton Dieu.

« Bien vainement tu te macères

« Pour le mystique fiancé :

« L'Ascension du Trépassé

« N'eut que des témoins peu sincères;

« Son linceul était bien cousu, « Et ta foi, qui bénit l'épreuve, « S'abuse, ô vierge à jamais veuve « De l'époux que tu n'as pas eu !

« Le vrai ciel n'a que des étoiles « Qui s'éteignent complaisamment « Quand se noue au cou de Tamant « Le collier de deux bras sans voiles;

« Et les forêts où nous passions « De nos chairs nourriront leurs arbres...

« Car le poids funèbre des marbres « S'oppose aux résurrections. »

Je parlais. L*église était noire.

La jeune femme en oraison Me dit : « Vous avez bien raison ; « Mais, le paradis, c*est d'y croire. »

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