LA DELICATE
J'ai conduit ma mie au village, Parmi les bois et les prés verts ; Au cri des vagues sur la plage Nous avons répondu des vers.
Nous avons gravi la colline
Le long des buissons épineux,
Et sa robe de mousseline.
En passant, s'accrochait aux nœuds.
96 PHïLOMÉLA.
Sa bouche riait sur ma bouche En devisant près du ruisseau; Mais son pied fait pour la babouche Tressaillait au contact de l'eau.
Puis ce miroir, qui se rebelle, Éraillé par les cailloux blonds, Ne la faisait pas assez belle, Et ma muse m'a dit : Allons !
A cheval sut* uA beau nuage-, Rose flocoh, hoiip|>e de lait^ J'ai conduit ma mie àii rivage Où l'idéal étincelait^
Là, parmi les Édens sans Voiles, Elle cueillait d'un doigt migtioti Ces fleurs d'or que l'on ttomme étoiles Et les plantait dans son chignon!
Mais lasse, un jour, d^ns Télendue De poursuivre un follet kroiapour, A mon cou doucement pendue, Tremblante, eiie m'a dit : J'ai peur \
Alors, à la bloftde yoJ^ge :
O muse bloade, que veux-tu ?
Tu n'aimes pas le gai village.
Son église au cloich^r poiiiitu.
Les grillons cha,nt^at ^oviS le seigle.
Les bergers dormant sous l'es houx.
Et tu n'as pas les yeux dî'mî^ aigle Pour braver le grai^l soleil rowx !
Veux-tu, pleurant sur ime tombe, Habiller tes chansons de deuil ?
Hélas I une larme qui tomJ>e Rougirait le coin de ton œil.
2é PHILOMELA.
En fière amazone équipée, Aimes-tu les combats sanglants ?
La sueur rouge de Tépée Déshonorerait tes pieds blancs.
Et la belle a dit : Ce que j'aime?
Je préfère aux ombres du soir, Aux senteurs de la rose même, L'ombre et les senteurs du boudoir I
Qu'autour de moi tout s'effémine !
A travers la création J'ai des épouvantes d'hermine.
De sensitive et d'alcyon.
Mes yeux épris d'ombres choisies Craignent le noir des vastes nuits ; Le jour aux rouges frénésies Offense mes tendres ennuis.
PIIILOMÉLA. 29
Il faut aux lieux où je repose, Si pâle sous des rideaux bruns, Que Ton rëpande un encens rose, Qu'on m'éclaire avec des parfums.
Je veux, dans la pâte d'amande Parfumant mes ongles, avoir Le divan sombre où je m'étende, Cygne endormi sur un flot noir.
A moi les robes de guipure, Où, s'harmoniant à mon teint, Frissonne sur la trame pure La clarté du miroir éteint,
Et pour ma toilette éternelle, Lorsque viendra le jour fatal.
Je veux un linceul de dentelle.
Dans une bière de santal !
M PftlLOlKlÉLA.
PUDOll
Tu ne parleras pas, ô mon âme inquiète I
Rien ne révélera ton ija^l, iptéçieuç :
Pas de sanglots huw^iI}s 4AP&; lie> çl^i^ti dii;, po^,
D'autres accepteront ce rôle inférieur;
A défaut de vertu j'ai la pudeur des larmes
Et veux grincer des dents sous un masque rieur.
Rien ne dira parmi los stances de mes carmes Les fruits amers sucés, les noirs calipes bus. Et mes sommeils hantés de funèbres alarmes,
l'flILQMIil,^.
I Et mes rt'ves c'iiris d'à-utiqiws alm.s, Va belle soif (le t:i<;ige idrâie, et luu hajni: Four lés vulgaires cœui'B aSta.aui'i de cdiuts I
k Nul ne descend, (pie moi ihins l'huiîrilïlp (iiHiunrîe POù mes \itiux ddE^spoirs sa plai^iioat soiii'dBRioiil] d je connaig ma bute et seul: J'en sais la petoc.
ËSi je mettais en v^s, mon inferoiitl Utuoiueot, I^Cotnme un habit diQ' nain qu'enduese uns gwuitu Tha. strophe ci'aj}ueraitiipouvanUbleinoijt.
d'oiTre une autre pâture à la foule hÛHiitK fEt laisse dans mon cœur de i-apsodj; fomiji. [■Ri'gnerlusubromiint lad'juJiiui' faiin-ajile.
r Lyres et flageolets I Racine cl. Taliarin I
s yers L^naniourés d'enuliaiiteuients féeriques S'envolent emportés d'un souffle zéphirin t
32 PHILOMÉLA.
Je fais dialoguer dans les nuits chimériques. Sous la lune, à travers le silence des bois, Les poètes épris et les vierges lyriques !
Parmi les doux concerts de flûte et de hautbois Les hanches de ma mie ont marqué la cadence; Ganidia se mire à la source où je bois.
Et là"bas, ivre-morts, parmi la foule dense, Les filles en délire et les ribauds damnés Exécutent dans l'ombre une effroyable danse !
Gélimène aux cheveux bellement atournés, Avec les rimes d'or. Muse, lorsque tu jongles, Nul ne sait (hors l'enfant qui nous a devinés I)
Que le sang de ma chair rougit encor mes ongles !
tj(t