‹ Poésies (volume 3)Chapitre 4 sur 78 · L'ENNEMIE · texte numérisé non relu

L'ENNEMIE

d toi ma vie, ô toi mes cieux, Je hais ton front, je hais ta lèvre Et tes yeux qui donnent la fièvre Comme des lacs pernicieux.

Je maudis mon âme asservie Dans tes profonds cheveux de jais, Et, tout entière, je te hais, toi mes cieux, ô toi ma vie !

2â PHILOMKLA.

Mais non, je mens, tu le sais bien ; Mon être a dans toi se^s racines.

Et vainement tu l'assassines Et tu le damnes, il est tien.

J'aime ton front, tes yeux, ta joue, mon enfer, ô mon trépas, Et tes cheveux qui ne sont pas De ces liens que Ton dénoue.

Le mal m'est do*ix, le jo^g m'e^t. cber.

Et jusqu'au joiAf (Ju cimetière Je t'adorerai tout entière, mon trépas,^ ô. mon enfer !

PHtLOMÉLA. 2a

MAlUfOREA

Savez-vous un pays où la (leur a des ailes ?

Savez-vous un pays où Taile a des parfums, Où les roses d'avril en place d^nimortelles Fleurissent 4e tombeau de nos amours défunts f

Où, sur les monts bombant l'écbine de la plaine, Le platane au tronc lisse et l'orme au pied moussu Gliquètent, pleins d'oiseaux, de chansons et d'haleine, Comme un grelot d'argent sur le dos d'un bossu ?

2i PIIILOMELA,

Où le flot, dans un bain de fluides étreintes, Des baigneuses, le soir, berce la nuditë ; Où le sable du bord conserve les empreintes Des enlacements nus pendant les nuits d'été ?

Là, parmi les buissons, rayonnante et sans voiles, Une apparition glisse comme un follet.

— Belle fille, statue, aux deux grands yeux, étoiles Que la Nuit laissa choir dans un ruisseau de lait,

Quel ciseleur de mots, quel sculpteur de pensées. Que Dieu pour travailler les durs métaux créa. Arrondira le vol des strophes cadencées Au moul(î de ton soin, blanche Marmorea ?

PHILOMÉLA. 25

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