SOURIRE PALE
A renvahissement lent de la solitude
Tu cèdes, et tu prends de l'ombre l'habitude;
Ton cœur gît comme un mort docile à son linceul
Dans la placidité morose d'être seul.
Mais, quelquefois encor, de ton vieux deuil austère,
Tremblante comme un son lointain qui va se taire,
Incertaine comme un oiseau qui va partir.
Faiblement, une joie éclôt. Las de languir,
A de vagues lueurs qui dorent tes nuages
Et viennent du passe, cet occident des âges,
Ton cœur un instant s'ouvre, et parfois, ô douceur I
Je te vois essayer de sourire, ma sœur.
Triste sourire ! ainsi doivent pleurer les anges.
Avec l'air étonné qu'ont les choses étranges,
Il hésite, de pleurs encore tout voilé,
Et ce rayon d'un ciel rarement étoile
Me plaît mieux que le rire éclatant dont la joie
Eai des yeux toujours vifs insolemment flamboie!
Car les jardins pompeux dans les chaudes saisons
N'ont rien qui vaille, avec leurs riches floraisons
De roses et d'œillets que le buis enguirlande,
Une fleur pâle, née à demi, dans la lande.