LE RÊVE DE TANTALE
Je rêve de vous ! Vos cheveux Mêlent de l'aurore à mon rêve.
Dans la nuit clémente à mes vœux Le soleil, grâce à vous, se lève.
Ta lèvre où sant tous les parfunis.
Tes yeux où sont toutes les flammes, Je les vois, et tes longs cils bruns, Ces pièges à prendre les âmes ;
Et le cher collier de mon cou, La ceinture si bonne à ceindre, Tes bras! qui m'enseignent jusqu'où, Sans expirer, on peut s'étreindre;
Et tes seins où ma longue ardeur S'allume à la fois et s'apaise, Car la neige de leur rondeur S'achève en deux pointes de braise ;
Et, sous le ventre au fin duvet.
Où le nombril semble un camée, La bouche ineffable que vêt Une touffe d'or embaumée.
Hélas ! le beau fantôme nu.
Quand je veux l'enlacer, me glisse Entre les bras, et j'ai connu, O vieux Tantale! ton supplice.
Mais je souris. Demain viendra
Avec sa réalité douce,
Et Tantale te videra,
Clîère coupe où le plaisir mousse !