‹ Poésies (volume 4)Chapitre 131 sur 171 · CALLIGRAPHIE · texte numérisé non relu

CALLIGRAPHIE

Barbare sous mon air câlin, — Beaucoup moins que toi qui me tues ! J'ose imprimer mes dents pointues Dans ta peau qui semble un vélin.

La longue pression te cause Un mal de plus en plus mordant ; Et, dans les creux, sous chaque dent. Ton sang vient comme une encre rose.

46 Intermède.

Quand ma bouche s'écarte enfin, Çà et là, sur le vélin tendre.

On voit rougir, bleuir, s'étendre Comme des lettres au trait fin.

Font-elles des mots qu'on ignore, Turcs peut-être, peut-être hébreux?

Dans la langue des amoureux Ils veulent dire : « Je t'adore ! »

TRIPTYaUE

Agape Cardinale

Eau -for te

Dans la salle «laustrale, énorme, aux bas arceaux (La règle stricte étant le jeûne et le silence), Cent prélats^ bruyamment, vautrent leur corpulence Devant de grands quartiers de bœufs et de pourceaux.

Rubiconde, aux cheveux pareils à deux ruisseaux

D'or rouge, aux lourds seins nus dont l'ampleur se balance,

Théodora dans sa bestiale indolence

Leur étale son corps en glorieux monceaux.

Eux donc, le Diable ayant TEglise pour convive, Flairent la victuaille et hument la peau vive. Lequel choisir des deux péchés qui leur sont chers?

Ils craignent qu'un plaisir de l'autre ne les sèvre, Et par le doute impur qui leur crispe la lèvre S'accroît leur double faim des vîandes et des chairs.

48 Intermède.

Déjeuner sous les branches

Saiioiiive

Avec Dorimène ou Zerline Est-ce Léandre ou Lélio Qui suce du rosolio Dans une flûte mousseline ?

Comme un bouton de rose blanche S'ouvre un corset de fin linon.

« Ah ! dit l'amant, suis-je de planche ? — Et moi ? )) dit-elle. On voit que non,

Mais, pendant qu'ils passent les bornes, Sort des branches, tout ahuri.

Un front si bien pourvu de cornes Que c'est le Diable, ou le Mari !

Intermède. 49

in

Un coin du jardin au printemps

Aquarelle

La fleur a bien sujet d'éclore, Le ciel n'est pas bleu sans raison, Car c'est l'avril et c'est l'aurore; L'heure complique la saison.

Toutes les lèvres longtemps closes Ont des soufiles délicieux ; Le parfum des nouvelles roses Monte dans l'air des jeunes cieux.

L'azur clair bleuit le vert tendre Des arbustes adolescents Où le vent léger rit d'entendre Les querelles des nids naissants.

50 IllliTlllèch'.

Mêlant au vif réveil des ailes

Leur bruit furtif et palpitant,

Les zéphires sont des gazelles

Qja'on ne voit pas, mais qu'on entend,

Parmi l'herbe et les minces lattes Des iris verts, sous un bouleau, Quelques pivoines écarlates Se mirent dans le bleu de l'eau.

L'éclat de leur beauté sanglante.

Reflété par l'onde, y pâlit.

Comme une amour très violente Dans le souvenir s'affaiblit;

Et vers le fond clair d'une allée.

Où s'allume un brouillard tremblant.

Passe, figure long-voilée, Un Espoir habillé de blanc.

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