POUR ALBERT GLATIGNY
vagabond, frère des Dieux, Oui pour Tamour de la Chimère Grimpas vingt ans la côte amère, Les pieds saignants, Tœil radieux;
toi qui, sous les ténébreux voiles D'où Tastre épanche ses rayons, Aimais les trous de tes haillons Ouverts au baiser des étoiles;
Toi qui rêvas, toi qui chantas, En l'étroite nuit, les dorées Amplitudes des empyrées, Et l'Olympe, en des galetas.
Pour la Muse, surnaturelle Extase de nos cœurs épris.
Certes, pauvre âme, tu souffris.
Mais que tu fus heureux par elle!
Poète errant ou bateleur
A qui l'hôte ferme la porte.
Tu dormais en plein champ? Qu'importe
Lorsque la luzerne est en fleur !
Tu buvais Teau des sources vives, Tu t'attablais $iux noisetiers; Maigre festin; mais vous étiez, La fauvette et toi, les convives.
Si, rousse et rouge, te bouda La maritorne de Tauberge, Tu voyais en leur neige vierge Les trois déesses de l'Ida !
Et tu sus mépriser l'insulta Dont les sots, au temps où tu vins.
Bafouaient les Songes divins Qu'adorait ton fidèle culte ;
Ni la honte et Tangoisse, ni La faim, n'usaient ton âme sûre; Plus fort après chaque blessure Et plus fier d'être plus honni.
Toujours prêt au malheur sans Mvey Tu n'as pas un seul jour pleuré !
Et tu riais en Theur sacré l)*étre le martyr de ton rêve.
Maintenant, au lointain vermeil De la sidérale nature, T'emporte encore l'aventure.
Mais c'est de soleil en soleil !
En toi, pur esprit, presque un ange, L'ancien vagabond est resté, Mais c'est sur le chemin lacté Qu'il cherche l'auberge ou la grange.
Redoutant que d'un horion L'hôte maussade ne te vexe, « Dormirai-je, dis-tu, perplex;e, Dans Persée ou dans Orion? »
Pour vivre il faut que tu te mettes Près d'une rampe d'astres d'or A charmer par des vers encor Ce public fuyard, les comètes;
Sur la Voie aux splendeurs de lys, Dans le Chariot dont les roues Sont d'aurore et d'éclair, tu joues Tes drames, obstiné Thespisî
Et, fou de ton ancien délire, Tu vas plus hardi qu'Ixion Vers cette constellation Formidable et belle, la Lyre!
Tu l'atteindras, âme, en plein ciel, Et si, les soirs, de la nuée Tombe une plainte atténuée Ou quelque chant torrentiel,
C'est qu'enfin, derrière les toiles
D'ombre et d'or et d'azur voilé,
Tes doigts, poète, auront frôlé L'énorme luth à dix étoiles!