PROLOGUE
D'une chanson que je ferai Tant sera votre âme charmée Que Philomèlc en la ramée Jalousera Ténamouré.
Vos chers yeux d'or je baiserai, Pour prix, et ta gorge pâmée, D'une chanson que je ferai Tant sera votre âme charmée.
A moins que les vents à leur gré Vers plus d'une autre bienaimée N'emportent comme une fumée Le volage encens déchiré D'une chanson que je ferai.
Pour une qui hésite
Tu veux bien, mais tu ne veux pas,
Ton œil dit oui, ta main repousse; Pour baiser l'ongle de ton pouce, Il a fallu de grands combats!
Si je guette un coin de ton bas Sous le volant qui se retix)usse, • Tu veux bien, mais tu ne veux pas; Ton œil dit oui, ta main repousse.
Et cependant, quand triste et las ^e ces jeux, cruels^ par secousse veux partir et me courrouce prends la porte à grands fracas, x\x veux bien, mais tu ne veux pas.
Pour une qui a résisté
Ne dis point : « J'en suis réchappée ; »
Je ris de ta rébellion.
Ils n'ont pas d'oHgles de lion,
Tes courroux d'oiselle attrapée.
Si tu mords, fauvette huppée, Crains la peine du talion !
Ne dis point : « J'en suis réchappée; »
Je ris de ta rébellion.
Tu criais, de pudeur drapée :
€ Non t non ! pas pour un million ! *
Mais je fus le Pygmalion,
mignonne, d'une poupée !
Ne dis point : « J'en suis réchappée. »
Le cri
Pour ravoir entendu, ce cri De ta pudeur enfin brisée, J'ai triomphé comme Thésée Sur Antiope au flanc meurtri î
Vous avez, en pleurant, souri Et rougi, petite épousée, Pour l'avoir entendu, ce cri De ta pudeur enfin brisée.
Et le boîs qui fut notre abri A plus de fleurs sous la rosée, Plus d'oiseaux, de brise embrasée Autour du buisson refleuri, Pour l'avoir entendu, ce cri î
Avant f Après
Avant d'aimer, que faisais-tu?
Souviens-toi des heures moroses.
Ce n'étaient que des fleurs, les roses, Au temps de ta froide vertu.
Mais, maintenant, ton œil battu Y sait voir des bouches écloses.
Avant d'aimer, que faisais- tu?
Souviens-toi des heures moroses.
Dès que ton sein fut dévêtu,
Ton cœur a compris tant de choses !
Toutes les robes sont des proses ;
Le vers vaut mieux, môme impromptu.
Avant d'aimer, que faisais-tu?
Rires éteints
Naguère mutine et maligne, Juliette rit beaucoup moins ; La gaîté meurt très vite aux coins De sa bouche qui se résigne.
Linotte, elle a les airs d'un cygne Languissant! Elle a donc des soins?
Naguère mutine et maligne, Juliette rit beaucoup moins.
C'est que l'amour qui nous fait signe D'unir nos lèvres sans témoins, A la courbe des baisers joints Chère bouche! a soumis ta ligne Naguère mutine et maligne.
LES AMOURS DE JULIKTTIi. 77
Midi, Minuit
t Juliette, quelle heure est-il?
— r Midi bientôt, dit la mignonne; Quittons-nous; ma mère grognonne Et fronce au logis le sourcil. »
Moi, j'avais le cœur sur le gril Pour ses airs de petite nonne.
« Juliette, quelle heure est-il ?
— Midi bientôt, » dit la mignonne.
Mais je baisais encor l'avril
De sa lèvre où l'amour fleuronne.
Quand l'étoile au ciel qui rayonne
Scintilla, couleur de bërylî
« Juliette, quelle heure est-il ? » .
Infériorité des fleurs
Puisque les fleurs n'ont qu'un calice Tu ne ressembles pas aux fleurs.
Elles ont en vain les couleurs De ta peau blanche et rose et lisse;
En vain la gourmande mélisse Pour tes parfums prendrait les leurs ; Puisque les fleurs n'ont qu'un calice Tu ne ressembles pas aux fleurs.
Et moi, fou d'un double délice, Je prends en pitié ces voleurs De baisers, les vents enjôleurs Dont sur les lys le souffle glisse, Puisque les fleurs n'ont qu'un calice I
Tendresse de monstre
ma Prospéra! de ta grâce Je suis le tendre Galiban; J'irai te chercher au Liban Des figues et du miel à Grasse.
Les joyaux et l'or qu'il entasse Faut-il les voler au forban?
ma Prospéra ! de ta grâce Je suis le tendre Galiban.
S'il faut, avant que Ton t'embrasse, Garder les troupeaux de Laban, Donne pour collier ton ruban A ce bon loup qui suit la trace ma Prospéra! de ta grâce.
La quête
Puisque vous êtes la quêteuse Au temple de Tamour païen, Le plus ladre met tout son bien Dans Taumônière quémandeuse.
II<»last mon escarcelle est creuse!
C'est affreux de ne donner rien Puisque vous êtes la quêteuse Au temple de l'amoUr païen.
Pourtant j'ai l'humeur généreuse D'un prince ou d'un bohémien...
Ouvre ton cœur! j'y mets le mien Tout tremblant d'une angoisse heureuse.
Puisque vous êtes la (luêteuse.
Bouquet triste
Toutes les roses du passé Me parfument le cœur encore D'un lent parfum qui s'évapore Comme un chant de cygne blessé.
Captives d'un doux in-pace Où nul hiver ne les déflore, Toutes les roses du passé Me parfument le cœur encore.
Ne prends pas un air courroucé, Toi, Tespérance, toi, l'aurore.
Si ce cœur hélas ! qui t'adore Mais so souvient, t'offre, lassé, Toutes les roses du passé !
Amours diverses
Pour une petite poétesse
Sonneuse de sonnets, Thérèse N'a pas de rimes qu'en ses vers :
Ses chers yeux sont deux saphirs verts Et sa lèvre double se baise.
Sa gorge aux deux pointes de braise Semble deux coupes à l'envers; Sonneuse de sonnets, Thérèse N'a pas de rimes qu'en ses vers.
Mais il n'est point, môme mauvaise.
De rime à tous les mots divers :
Je sais dans un fourré pervers Un fraisier qui n'a qu'une fraise, - Sonneuse de sonnets, "Thérèse I
Pour une autre poétesse, moins jeune
Veux-tu nous souvenir ensemble Et mêler nos tendres ennuis?
Tu diras tes amours, et puis Je dirai les miens, que t'en semble?
Prompts comme un cheval qui va l'amble, Les chers espoirs se sont enfuis; Veux-tu nous souvenir ensemble Et mêler nos tendres ennuis?
Dans nos cœurs plus rien ne ressemble Aux extases des belles nuits ; Ils ont peu de ciel, les vieux puits.
Bien qu'une étoile encore y tremble.
Veux-tu nous souvenir ensemble? '
Pour une belle dévote
Les pieds nus nous irons à Lourde En chantant de pieux refrains; Ce n'est qu'au dire des flandrins Que le miracle est une bourde.
La douce Vierge n'est point sourde Aux prières des cœurs sereins :
Les pieds nus, nous irons à Lourde En chantant de pieux refrains.
Bien que la fatigue soit lourde, Nous serons d'heureux pèlerins Si vos bras me ceignent les reins Et si votre bouche est ma gourde!
Les pieds nus nous irons à Lourde.
Pour tcne qui est endormie
Dans les bouillons de mousseline .
Coulent tes cheveux de soleil ; Le bout d*un sein, aux fleurs pareil.
Rose, écarte un peu la maline.
Sur son drageoir, Tara s'incline Commç pour guetter Jon réveil ; Dans les bouillons de mousseline Coulent tes cheveux de soleil..
De sa patte noire, câline, Qui n'alarme pas ton sommeil, II prend le bout du sein, vermeil.
Et le mord comme une praline Dans les boiiiIIons.de mousseline.
Pour la même, réveillée
Le sang d'une mtXre fendue A rougi la ronde pâleur :
Vous chassez Toiseau querelleur Qui, trop heureux! vous a mordue.
Cette faveur n'était point due A qui n'en sait point la valeur. • Le sang d'une mjirc fendue A rougi la ronde pâleur.
A mon cou doucement pendue Vous pleurez presque de douleur. . .
Mais moi, sur de la neige en fleur, Je bois d'une lèvre éperdue .
Le sang d'une mûre fendife.
Pour Une qui aime trop
Je suis le merle, oiseau siffleur,
Vous êtes la petite branche ;
Moi, jaune et noir, vous, verte et blanche,
Moi, plein de chants, vous, toute en fleur.
Je t'offre mon rire enjôleur, Donne-moi ta rose en revanche ; Je suis le merle, oiseau siffleur, Vous êtes la petite branche.
Mais si quelque ouragan hurleur Emportait, légère avalanche.
Les roses du rameau qui penche, Ne compte pas sur ma douleur :
Je suis le merle, oiseau siffleur.
Pour une qui n'aime pas assez
Il n'est que d'heureux lendemains Après les heureuses journées.
J'ai baisé vos lèvres damnées Au temps des lys et des jasmins ;
J'ai baisé vos coupables mains Au temps des pervenches fanées :
Il n'est que d'heureux lendemains Après les heureuses journées.
Si l'amour, par d'autres chemins, Vous mène à d'autres hyménées.
Je sais des bouches adonnées Au bonheur des tendres humains ; Il n'est que d'heureux lendemains.
Sur le balcon
Voisine, votre petit singe Trop souvent vous baise, à mon gré.
Vous avez le chignon doré Comme les Gretchen de Thuringe;
,)e vois vos seins — de quoi me plains-je? —
(îonfler le peignoir bien tire;'
Voisine, votre petit singe
Trop souvent vous baise, à mon grd.
Ah! le sournois! Il a fourré.
Entre vos jeunes seins de sphinge, Son joli museau sous le linge...
Croyez qu'un jour j'étranglerai, Voisine, votre petit singe.
La servante
La belle servante d'auberge Bien en chair, aux dents de carlin, D'un bras tanné par l'air salin Verse à boire aux gars sur la berge.
Sa gorge où l'amour se goberge A pour enseigne un fichu plein ; La belle servante d'auberge, Bien en chair, aux dents de carlin!
Et moi, las du baiser câlin, Jusqu'à l'heure où l'aurore émerge J'aime, sous des rideaux de serge, Dans des draps qui sentent le lin, La belle servante d!auberge.
l'oiir une qui ressembif Il la neige des Alpes
Pour la gorgR de Manon Plus blanche que la neige en Suisse Et jniur lu splendeur de sa cuisse .l'acnnrde mon [isall(!riQn.
Sous le sol, comme un porion, Je veuï bien que l'on m'enfouisse Pour la gorge de Murion Plus blanche que la neige en Suisse!
., d'un vol d'alérion, t supposant que je le puisse!) iqu'auiL (Stoiles je me hisse, B redescendrai d'Orion "nur la gorge de Marionl
Pour la même aussi blanche, moins chaste
Je suis ton pantin, Marionnette!
Tu n*es pas honnête, Je suis libertin.
La gloire ? un potin ; La vertu ? sornette ; Je suis ton pantin, Marionnette !
J'eus le front hautain !
Fais en chansonnette Tinter ma sonnette Sous ton doigt lutin : Je suis ton pantin.
Le beau costume
« Chez l'ambassadrice d'Espagne
Irez-vous voir le fandango
En Esméralda de Hugo,
En Indienne aux guêtres d'alpagne?
En Gipsy qui bat la campagne' Et montre les seins tout de go, Chez l'ambassadrice d'Espagne Irez-vous voir le fandango?
— Non. En princesse du Congo Qu'un troupeau de noirs accompagne.
- Eh! quel est ce costume? — Un pagne.
— Diantre! on aura le vertigo Chez l'ambassadrice d'Espagne ! »
AMOURS DIVERSES. 'i7
Sommeil d'époux
Les maris sont de bons dormeurs ; Ne crains pas que le lien s'éveille ; Et laisse éelore la merveille De tes lèvres aux miels charmeurs.
Donne au plus épris des rimeurs Cette double rime vermeille !
Les maris sont de bons dormeurs ; Ne crains pas que le tien s'éveille.
Au bruit des baisers dont je meurs Dans une extase non pareille, Il rêve entendre les rumeurs, Sur son nez, d'une vague abeille; Les maris sont de bons dormeurs.
d8 AMOURS DIVERSES.
Pour Madame hi Man^nhe
Nous danserons une sravotte Sur un très vieux air de Lulli ; A ce passé noble et juli Votre jeune grâce est dêv<ile.
Plus d'une ûme aujourd'hui vivote Dans un spleen aiTanié d'où 1^1 i : Nous danserons une gavotte Sur un très vieux air de Lulli,
Tandis que, sans nul patchouli, La virago qui fut Javotle Fait des lois, crie aux arnieS; vote Pour que Tamour soit aboli, Nous danserons une gavotte !
La petite fille et les martinets
« Je le sais, dit-elle, fort bien, « Bleus martinets des cheminées, « Que les nids sont pleins d'hyménées « Dans les fourrés de Saint-Gratien.
« Que dans le souffle aérien « Rôde une odeur de graminées, « Je le sais, dit-elle, fort bien, « Bleus martinets de cheminées ! »
Puis, en desserrant le lien
Des batistes enrubannées
Où fleurit, rose, une ombre, un rien,
« Que les églantines sont nées
« Je le sais, dit-elle, fort bien! »
Harmonie fletirie
llose ot Lise, de liserons ( loi iïez- vous! de menthe, Armandine!
Pour frais chapeau je vous destine, Rolande, des rhododendrons.
Qu'A^^laé mette une églantine Aux cheveux que nous haiserons.
llose et Lise, de liserons (loifïez-vous! de menthe, Armandine!
Pour que, frôlant tiges et fronts, Ij'aboille doute si, lutine.
C'est femme ou fleur qu'elle butine.
Coilfez (le roses de Sarons llose, et l^ise de liserons.
AMOURS DIVERSES. iOl
xvir
LHngénue
Au couvent de Sainte Vesta Où rinnocenee est très farouche, L'Abbesse ouvre, sur un.piédouche, L'Évangile que Dieu dicta.
Sans en perdre un seul iota
On écoiïte, un doigt siif là bouclie,
Au couvent de Sainte Vesta
Où l'innocence est très farouche.
« La jeune fille, sur sa couche,
Pâle, dormait. On s'ccarta.
Et Jésus la ressuscita .
— Combien de fois? » dit sœur Nitouche
Au couvent de Sainte Vesta.
Lu station de Cythère
Quand le train fait halte à Cythère,
-^ Alcôve ! deux heures d'arrêt ! —
Le poète, cœur toujours prêt,
Dit : « Viens, mignonne ! » et saute à terre.
Son amour fût-elle adultère, Ne croyez pas qu'il dormirait Quand le train fait halte à Cythère, — Alcôve! deux heures d'arrêt! —
Mais, malgré l'espoir qui leurrait L'épouse au sommeil moins austère. Maint voyageur, banquier, notaire, Ronfle de plus belle, il paraît.
Quand le train fait halte à Cythère.
Printemps triste
La seule branche de lilas Que nous ayons cueillie ensemble, Se fane sous ma lèvre, et tremble, Pareille à mon pauvre cœur las.
Elle ne refleurira pas
Puisqu'à mon cœur elle ressemble,
La seule branche de lilas
Que nous ayons cueillie ensemble.
Pourtant, sous l'abri clair du tremble Quand s'ouvrent tant de fleurs là-bas Et tant d'autres lilas, hélas !
C'est toujours elle qui me semble La seule branche de lilas...
Le cadre sans tableau
Un cadre veuf, un cadre vide, S'accroche au mur du vieux logis.
Coins de lèvres de fard rougis, Gataléa, d'après Ovide,
Ou la duchesse de Nangis Riait là. Le temps se dévide...
Un cadre veuf, un cadre vide S'accroche au mur du vieux logis.
Et mon cœur aussi, cœur avide Des bonheurs jamais resurgis.
Est, loin de la tombe oii tu gis Sans retour, ô morte perfide, Un cadre veuf, un cadre vide!
AMOURS DIVKRSES. 105
Pour aucune
Ariel ! verse du vin rose . .
Dans la coupe froide d'un lys !
Ce vin, la bouche des Phyllis Ne le vaut -pas, même déclose;
Cette coupe où le jour se pose Vaut le hanap d'or du roi d'ts; Ariel! verse du vin rose Dans la coupe froide d'un lys !
Pour me guérir de la névrose Qui me tient quatre jours sur dix, (0 Vénus ! maudit soit ton fils !) Il n'est pas de meilleure chose :
Ariel î verse du vin rose!'
Les amours de Mésange
* Le poète sHnterroge qiuznt au nom qu'il donnera à sa maîtresse
Mésange? Colombe? Hirondelle?
Son nom doit comme elle être ailé; Elle est prise, puisque je Tai, Mais, même en cage, on est oiselle.
Votre jupe, mademoiselle, A des plumes à chaque lé.
Mésange ? Colombe ? Hirondelle ?
Son nom doit comme elle être ailé.
Et je veux, plein d'un tendre zèle.
Dans un rondel ou dans un lai, Emprunter au peuple envolé Quelque nom d*aile, digne d*elle; Mésange ? Colombe ? Hirondelle ?
// n'hésite plm
Soyez sa marraine, Mésange, Oiseau frivole et torturant !
La Colombe à l'amour se rend En des douceurs de cygne et d'ange;
L'Hirondelle jamais ne change De nid sous l'azur transparent.
Soyez sa marraine, Mésange, Oiseau frivole et torturant !
Puisqu'avec une force étrange La Mésange au bec déchirant Entre ses grêles griffes prend Les crânes d'oiseaux et les mange, Soyez sa marraine, Mésange !
// se rappelle une promenade au bois de Boulogne
Entre les deux stores d'un fiacre (T'en souvient-il, ma chère, dis?) Tes yeux lentement agrandis Mouraient en leur humide nacre.
D'un baiser mouillé d'un miel acre Nous restâmes comme interdits Entre les deux stores d'un fiacre; T'en souvient-il, ma chère, dis?
L'amour est un archidiacre
Qui change en temples les taudis
Et fait tenir le paradis
Dans les prompts hymens qu'il consacre
Entre les deux stores d'un fiacre.
lia LBS AMOURS DE MÉSANGE.
Il marchande des fleurs et tombe d'accord sur le prix d'une rose
« Ah I vraiment, ce n'est pas trop cher ! »
Dis-je à l'honnête bouquetière Qui m'offrait une touffe entière De lys, pour deux sous, en hiver.
« Et combien ce frais vétyver ?
— Un sou, comme cette bruyère.
— Ah î vraiment, cç n'est pas trop cher, »
Dis-je à rhonnête bouquetière.
« Cette rose oh luit l'aigail clair?
— Trois millions. — Peste I — Elle est fière D'imiter la bouche perlière
De ta Mésange, fleur de chair.
— Ah ! vrainient, ce n'est pas trop cher! » . ^
// came avec une fée et juge qu'elle n'a pas le sens commun.
Sous un chapeau.de pimprenelles Une fée en notre jardin Vint un jour; son vertugadin Était gemmé de coccinelles.
« Où sont les amours éternelles ?
Est-ce ici ? » dit,- Tair très mondain Sous un chapeau de pimprenelles, Une fée en notre jardin.
Je répondis : « Où seraient-elles Sinon dans notre cher éden ? »
Mais je vis un rire badin Luire en ses moqueuses prunelles Sous un chapeau de pimprenelles.
// rére à uHf anbergf oh éh ont dormi en^^MbU
• Au Lilas du Printemps joli î > C'était leoseisne de Tauber^e.
Tonnelle et bosquets, sur la berge Du grand tleuve lent et sans pli.
L'alouett»^. d'un tiivli.
Eveillait nos rideaux de serge € Au lilas du Printemps joli; »
C'était l'enseiene de Tauberfire.
Mon cj?ur, ce vieil enseveli.
A ce penser de l'ombre émerge
Et l'espoir d'aimer, comme un cierge
>e rallume, triste et pili.
Au lilas du printemps joli î
Il mourrait volontiers si Mésange lui était infidèle
« Faisons voile, bon batelier, Vers le miraculeux domaine Où ma Dame, fée et camène, Rêve à l'ombre d'un violier!
Son amour m'est hospitalier Sous des froideurs de Dorimène.
Faisons voile, bon batelier, Vers le miraculeux domaine 1
— La belle qui t'a su lier
Est parjure autant qu'inhumaine; Et, quant à ma barque, elle mène Vers la Mort qui fait oublier.
— Faisons voile, bon batelier ! »
// pense qu'il se consolera lorsqm Mésange se sera envolée
Le souvenir d'avoir chanté Au soleil, sous Tazur céleste.
Est rinfini trésor qui reste Aux cigales après Tété.
Quel est, vieux gitane éreinté, Ton recours quand tout te moleste ?
Le souvenir d'avoir chanté Au soleil, sous l'azur céleste.
Lorsqu'un autre aura ta beauté, Mésange! et ton rire et ton geste, Mon cœur en son ombre funeste Gardera comme une clarté Le souvenir d'avoir chanté !
Il pense que Mésange ressemble à Mademoiselle Seriem et à Mademoiselle Soledad
Elle est javanaise et gitane Avec des pudeurs d'Artémis !
Elle est frêle comme une miss Et forte comme une titane.
L'été de ses pourpres la tanne, L'hiver sur elle neige en lys ; Elle est javanaise et gitane Avec des pudeurs d'Artémis.
Née à Londre ou dans Ecbatane (3u dans Arva chère aux willis, Vînt-elle en canot de Tifïis Ou de Bougival en tartane, Elle est javanaise et gitane.
// croit qu'ils ne cesseraient pas de s'aimer même s*ils entraient en religion
Quand tu seras nonne au couvent, Je me rendrai barthélemite.
Vieux diable aux airs de chattemite, J'irai chez vous prêcher l'Avent ;
Ou bien, sous la pluie et le vent, Je mendîrai comme un ermite; Quand tu seras nonne au couvent, Je me rendrai barthélemite.
Et tu feras, chorë, souvent, Au quôteur dont la barbe imite Les blancheurs de la stalagmite, L'aumône d'un baiser fervent Quand tu seras nonne au couvent.
LES AMOURS DE MÉSANGE. il9
// se juge aussi cupide que r Avare des comédies
« Les autres 1 » d'une âme éperdue
Dit TAvare de Poquelin
Quand il a du valet malin
Vu les deux mains, paire tendue.
Gomme Harpagon un fifrelin L'amant requiet Tivresse due I « Les autres ! » d'une âme éperdue Dit l'Avare de Poquelin ;
Et moi, de ta bouche dodue, Mésange! quand j'ai humé, plein D'amour, tout le sucre câlin, Je dis, l'heure fût-elle indue :
« Les autres I » d'une âme éperdue.
XÏI
Il s'aperçoit que Mésange n'a pas de suite dans les idées
En notre lit, toutes les fleurs, Pour t'obéir, je les disperse !
Lys du Japon, roses de Perse, Bleuets où Taube rit en pleurs,
Jasmin aux candides pâleurs, Narcisse des neiges qui perce, En notre lit, toutes les fleurs.
Pour t'obéir, je les disperse.
Mais toi, dans ces jeux querelleurs Dont Cynthie amusait Properce :
« A quoi bon ? lorsque je m'y berce, Je vaux bien, parfums et couleurs.
En notre lit toutes les fleurs ! »
Pour se venger de Vattente il feint de n'être pas resté seul au rendez-vous
Mésange, à f attendre sous Torme J*ai passé la nuit de printemps.
L'attente aux espoirs irritants D'abord cause une peine énorme ;
Puis Tennui comme un chloroforme Vous ferme les yeux par instants ; Mésange, à t'attendre sous Torme J'ai passé la nuit de printemps.
Mais quand, plus rose qu'une corme, Jeanne en l'ardeur de ses vingt ans Vous y baise, les seins battants, Ne croîs pas qu'on souffre ou s'endorme, Mésange, à t'attendre sous l'orme !
Sous une forme enjottée il donne à Mésange un très vertueux conseil
Qu'on voit passer dans les allées Du Bois, en coupe, vers le soir, De personnes qui sans surseoir Admettraient d'être violées !
Qu'ont-elles fait du brunissoir, De l'aiguille, ces ondulées Qu'on voit passer dans les allées Du Bois, en coupé, vers le soir?
Pour ces déesses endiablées Tout Paris n'est qu'un encensoir !
Entends rire le merle noir Et les mésanges envolées Qu'on voit passer dans les allées.
// offre à Mésange un petit tableautin sans cadre
Pour la marquise de dentelle Brûle un monsignor de satin !
Il est austère et libertin, Elle, encline à la bagatelle.
A San-Pedro-de-la-Tutelle Elle vient prier le matin; Pour la marquise de dentelle Brûle un monsignor de satin.
Sous la chasuble il dit : C'est elle, Et la guette au pilier lointain ; Et durant la messe en latin Son cœur danse la tarentelle Pour la marquise de dentelle î
iU LES AMOURS DE MÉSANGE.
Il la presse de s'habiller pour un bal travesti où ils ont été priés
« Vous ne serez pas déguisée A temps pour ce bal très vanté Que donne le royal Eté Chez Zidler, près de TElysée.
Moi, je me coifTe, en roi Musée, , D'un laurier d'or, ô vanité !
Vous ne serez pas déguisée A temps pour ce bal très vanté.
— Ilâtons-nous donc, dit la rusée ; Je veux pour parer ma beauté
lue Ton m'habille en rose-thé
*etite, mi-close, irisée.
— Vous ne serez pas déguisée ! »
LES AMOURS DE tlÉSANGE. 12$