ADIEUX A MÉSANGE
Puisque telle est la loî, puisque ea de tris tes changes Toujours devient amer ce qui fut le plus doux,
Fleurissez, fleurs, et fanez-vous.
Gazouillez, et fuyez. Mésanges.
Vers tombés d'un bouquet.
Petite âme, va-t'en, va-t'en!
Le poète, môme d'antan.
Est un marchand d'orviétan.
(7est pour parler qu'il a des lèvres!
Kt ses plus chaleureuses fièvres, S'achèvent en baisers mièvres.
Que ferais-tu de ce traînard Qui, pour la gloire de son art, Préfère le fiel à ton nard ?
Qu'il feigne ou non, mignonne fée, De baiser ta gorge étoffée.
Il a l'âge qu'aurait Orphée î
Assez vieux pour avoir chanté Les fleurs de Tédénique été, Il use mal de ta beauté.
Quand, d'un bras charmant qui se lève,
A cet Adam ridicule, Eve
Offre une ou deux pommes, il rèveî
lES AMOURS DE MÉSANGE. 137
Puisqu'il a vu les premiers deux
Il est peu révérencieux
Pour leur pastiche dans tes yeux ;
Et, raclant quelque babiole Aux sept cordes de sa viole, C'est à peine s'il te viole 1
Il est tendre, je ne dis pas;
Tu peux trouver quelques appas
A mêler au sien ton trépas ;
Quand, d'une voix subtile, il conte Des mystères dont on a honte.
Une chaleur aux yeux te monte,
Et, comme un éclair vite enfui, Le bref plaisir parfois t'a lui.
Toute seule, mais pas sans lui î
m LES AMOURS DE MÉSANGE.
Il évoque en lentes paresses Les morsures et les caresses Des anciennes enchanteresses.
11 sait Cypris et Dioné
Et son flanc d'où TAmour est né,
D'un sang de rose enrubanné ;
Les jeux que les Grâces entre elles Pratiquèrent, surnaturelles, Pour imiter les tourterelles,
Les délices presque tourments Que tentent dans les bois charmants Les amoureuses sans amants,
Les baisers que, jeune et farouche.
Un faune que Pan cherche et touche Croit donner, Naïsl à ta bouche,
Il les saiti II connaît aussi, Très moderne en son vieux souci, Les langueurs qui disent merci,
Ou la surprise consternée De la mondaine abandonnée Sur la chaise capitonnée
Tandis que l'amie en le soir
Rajuste devant le miroir
Les brides de son chapeau noir.
Et toi, guettant la voix rusée, Tu défailles, en pleurs, brisée, Lys d'or où perle une rosée I
Pourtant, fuis! non dans un couvent.
Ma mie, (Hamlet a tort souvent) Mais dans l'amour jeune et vivant.
Dans l'amour vraî[ Cesse d'eDtendre
Le radoteur à la voix tendre;
Çnis le vieil Orgon! prends Clttandre.
Clitaniire a raison puisqu'il va *ar les chemins tel que rêva ■ Rosine son Alniaviva.
CoUe ta bouche ardente d'aise A la bouche, couleur de braisa, Qui ne parle pas, mais qui baisel
It surtout ne plains pag celui p feint de pleurer aujourd'hui ■, d>'ji\, de l'amour enfui
& baisiTS de la veille, «rs dont s'c'merveille, lie! une autre oreille.
LES AMOURS DE MÉSANGE. Ui
Et, rose et lys, neige et carmin, Pour charmer la rêveuse main De sa maîtresse de demain,
Tu seras, encore adorée,
Quelque légende susurrée
En Tor chaud d'une nuque ambrée!