‹ Poésies (volume 5)Chapitre 33 sur 40 · MYTHOLOGIE FORAINE · texte numérisé non relu

MYTHOLOGIE FORAINE

Toute cime étant illusoire,

J'ai dit aux Dieux vêtus de gloire :

« Quittez rOlympe pour la Foire I

Allez aux baraques, allez, Puisqu'aux plus lointaines Thulés Les temples gisent écroulés! »

208 L'IiyMNAIRE DES AMANTS.

Et depuis, pour la joie humaine, Par les kermesses je promène • Eros et TAnadyomène.

Non sans un lyrique brio Me voici Timpresario Du roi Zeus monté sur lo.

De peur que tu te désabonnes, Foule! Euros souffle en des trombones INjur les troupiers et pour les bonnes.

Pitre à la fois et pick-pocket, L'auguste Ilermi^s a le caquet Et les couleurs d'un perroquet;

La guenon que son art cduque

Veut happer, tremblant sur la nuque.

Le papillon de la perruque;

L'HYMNAIRE DES AMANTS. 209

Mais lui, parmi quatre tambours, Offrant la face ou le rebours, Invite en d'adroits calembours

A contempler, sous la brûlure Flambante de la chevelure, Kalliopè, femme silure,

Et montre au bourgeois obéré Par un supplément soutiré Le mollet énorme d'Hérél

En char traîné d'un cheval barbe Triomphe de Dunkerque à Tarbe Bellone, la déesse à barbe.

lleraklès comme un bloc alpin Sur Briareus plus fort qu'Arpin Tombe, immense, et lui flanque un pain.

aie L*HYMNAIRE DES AMANTS.

Elles groupent, les Chasseresses Ortygiennes, leurs caresses En (les danses enchanteresses.

.Voiïvc, afin d'achalander ma Baraque que Ton acclama, Ilëlènè pour Belle Fatma.

Sur les tréteaux où se démène A tourner l'orgue une Camène, J^allas, vierge, est un phénomène!

Et, pour les seuls adultes, j'ai, Nue avec trois plumes de geai, llébé pareille à Féridjé.

Puis, tandis que l'on s'extasie De gagner, à peine moisie, En des macarons, l'ambroisie,

L'HYMNAIRE DES AMANTS. 211

Et, prodige qu'on n'eût point cru!

Qu'avec un appétit accru Tantale mange un lapin cru,

Sous la ronde toile ctoilée Passe dans les cerceaux, ailée De tulle d'or, Penthésilée!

Nymphe-clownesse, Amaryllis D'une trappe en forme de lys Jaillit comme les Hanlon-Lees ;

Sans môme un balancier pour aide Terpsichore, qu'un cytharède Incite, suit la corde raide;

Du miel de ses cheveux épars Celle qui pleure quand tu pars, Théseus! charme les léopards;

«!i L'HYMNAIRE DES AMATITS:-

Iris dont Técharpe de gaze

Se lame d'or comme aii Caucase

l'résente en liberté Pégase;

Tant que tournent, mordus d'abois Par les pistons et les hautbois, Les centaures-chevaux de bois,

En quatre lunettes (dans l'une Paris pourrait voir Pampelunel) (l'est Phœbé qui montre la lune,

Kt jamais n'erre en ses discours Touchant les destins longs ou courts Isis, somnambule des Cours!

Mais il est une autre immortelle (La Reine dont le char s'attelle De blanches colombes, c'est ellel)

L'HYMNAIRK DKS AMANTS. "ISA

Qu'aux vils badauds jo livn» jm'ii, Et, les nuits, quand sous i'astn; o,t\ fiMi La foule cuve le vin bleu

Dont s'arrosa la gibelotte, Je couche loin du peuple ilote Avec Cypris dans ma roulotte?

If

L'HYMNAIRE DES AMANTS. 215

PUGK TOUT NU

Voyant Puck, sylphe persifleur, Se baigner tout nu dans un pleur De rosée au bord d'une fleur,

Je pris sa robe d'or, tombée, (On eût dit la verte flambée D'une armure de scarabée),

ilH L'UYMNAIRE DES AMÀNTâ.

El : • Puck, iis-jo, me connais-tu?

— Certes, répondit-il, vôtu, l*our peignoir, d'un demi-fétu;

Vous êtes le parfait modèle

Des sots qui, sans un baiser d'elle,

Se meurent pour une infidèle.

— Laissons cela, sylphe subtil!

Ta robe d'or et ton tortil,

Tu les auras si... — Si? dit-il.

— Si tu ni'obéis, sylphe espiègle I Ecoute. L4iirondelle et l'aigle Volent selon l'antique règle:

Et les blancs oiseaux, qui, premiers, Furent du baiser coutumiers, Volent, colombes et ramiers,

LHYMNAIRE DES AMANTS. 217

Et les rossignols doux et sombres Changent de branche, et dans les ombres Les corbeaux planent aux décombres,

Et la pâle mouette sur un Flot de l'énorme Océan brun S'ouvre et palpite dans l'embrun.

Et les grives de vigne en vigne Se grisent, et jamais le cygne Au môme azur ne se résigne,

Et toujours vole, amaryllis, Mirtil, eudore, vers les lys, Le papillon, ou vers Phyllis,

Tandis qu'aux célestes banlieues L*ange vole, à travers des queues De comète, aux étoiles bleues 1

818 L'HYMNAIRE DES AMANTS.

Or, comprends, Puck, sylphe très fin, Ou'insecte, oiselet, séraphm, Les ailes sont lasses enfin;

Et je veux qu'un jour se repose Tout ce qui voletait saris pause! »

Puck me (lit : « Tu veux peu de chose. »

Ce fut un miracle charmant!

Les plumes de Tange dormant N'eurent plus un frémissement;

Les mouettes presque sans secousses Fluaient en blanchissantes mousses Sur les vagues aux pentes douces;

Les papillons aux cent couleurs Furent, épanouissant leurs Ailes en corolles, des fleurs!

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Fixe, l'abeille en la corbeille Des jardins devint, ô merveille !

Bouton d'or par.-il h l'abeille ;

Odorante au bord du chemin,

La colombe était un jasmin

Qui s'offrait, neigeuse, à la main ;

Aux lacs où le saule se penche, Le cygne sur la nef de planche S'arrondissait en voile blanche;

Et le vent seul faisait parfois Trembler, rousse feuille sans voix.

Le rossignol au fond des bois

Ou le ramier-lys sur sa tige!

Alors, Puck, fier de son prodige :

Dit : « Ma robe ! * — Non pas, » lai dv^-\<i^ \

MO i;htmnaiae des amants.

Et J'ajoutai, de deuil empli :

« Le miracle le plus joli Ne fut pas encore accompli;

Sans qu'il soit besoin de le dire Tu sais bien ce que je désire.

Cruel ! » Mais Puck pouffa de rire,

Et ce sylphe en tous lieux connu Pour n'être qu'à peine ingénu S'écria : « J'irai donc tout nu !

Car j'ai pu fixer en calice La libellule pu la mélisse, Mais l'enfant qui fait ton supplice

Rësiste à mes magiques tours, Et son cœur d'amours en amours, Pauvre amant, volera toujours! »

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