LA VICTOIRE D'AVRIL
Tes pleurs, je les boirai, tes pleurs I Maîtresse, il n'est plus de douleurs Dès que l'avril rit dans les fleurs.
Sens nos âmes ensevelies Au linceul des mélancolies Renaître avec les ancolies.
SûO LMIYMNAIRE DES AMANTS.
N(js cœurs, que veus martyrisiez, Dur hiver! vont, extasiés, Fieuronner comme les rosiers,
Et, sœur de l'aube dans la nue, Sous nos fronts se lève, ingénue, L'espérance enfin revenue.
Ce n'était pas vrai, le tourment Du baiser qui ruse et qui ment, l^iisque Tazur est si charmant!
mignonne! la sûre preuve Que tu n'as jamais été veuve, (^ost l'arbre et sa verdure neuve.
Comprends bien qu'aux bois rajeunis Les oiseaux n'auraient point de nids Si nos amours étaient finis ;
L'HYMNAIRE DES AMANTS. 201
Et dans l'ombre douce et farouche Si l'aile suit Taile et la touche, Ma lèvre n'a pas fui ta bouche I
Viens au printemps ! je chanterai Sur un air joyeux à ton gré Le poème que j'ai pleuré ;
La peine qu'on crut éternelle
Va s'envoler en ritournelle
De nos chansons sous la tonnelle !
Une larme qui tremblerait A tes. cils encore, serait Une goutte de vin clairet,
Et, sans soin de la vieille alarme, mon cher trésor! ô mon charme!
Je me griserais de ta larme.
20i L'HYMNAIRE DES AMANTS.
Viens! je sais l(»s recoins ombreux Uue le bois tendre aux amoureux Kvase et pare exprès pour eux.
Dans rile où la mousse des sentes
De violettes innocentes
Se fleurit pour que tu les sentes,
Sous le clK^Jie, ancêtre clément,
La Solitude au Bois dormant
Veut bien qu'on la trouble en s'aimant;
Et si trop profond est son somme Vtniv (ju'elle s'en éveille comme La princesse qu'un prince nomme,
Nos longs ])aisers, puisque tu vin:
Avec moi dans les frais ravins, Lui seront des songes divins!
L'HYMNAIRE DES AMANTS. 203
Dès que Tavril nous y destine, Aimons-nous comme Téglantine A refleurir encor s'obstine.
Nos bras et nos âmes, mêlons • Tout, dès qu'il fait de nos vallons Des Tempes et des Avalons!
Et qu'en gratitude des fièvres Dont il nous enchante, nos lèvres.
Vers Meudon, vers Chaville ou Sèvres,
En un parfum que tu volas, brise! donnent, jamais las.
Le conseil d'éclore aux lilas!
Ou bien, chère, si notre idylle.
Sans regret de boudoir ni d'île, A jamais est close, dis-le
204 i;nYMNAIUE DES AMANTS.
Et dans l<*s bois où je te plus,
Infidèle, ne son^^^e plus
Uu'à mon rival, si tu l'élus! •
Sous l'abri tremblant des persiennes Ou des branches musiciennes Ma caresse eût valu les siennes,
Mais tu l'aimes! En des douceurs Dont mes délices sont les sœurs Défuntes, par les épaisseurs
Uue la rosée endiamante,
Qu'il t'emmène, nouvelle amante,
Et que l'ombre vous soit clémentes!
Baisez-vous i L'amour assassin Ne s'oppose pas au dessein Qu'il a de mourir sur Ion sein.
L'HYMNAIRR DES AMANTS. • 203
Baisez-vous, môlant vos haleines, Jusqu'à l'heure où les nuits sont pleines D'un blanc frôlement* de phalènes,
Puis, à pas lents, par les chemins Parfumés, les mains dans les mains, Songez -aux tendres lendemains,
Et si, par hasard, sous la lune, Tu me rencontrais avec une Belle enfant, souris- san& rancune,
Mignonne! car l'avril vainqueur Ordonne au plus désolé cœur De répudier sa langueur;
Plein de chansons et de bruits d'ailes
Il accueille les infidèles
Sans mépris d'eux, sans courroux d'elles;
20t> L'IIYMNAIRE DES AMANTS.
(le qu'il veut, c'est qu'on soit pareil
Au calice clt»jà vermeil
(Jui s'ouvre et se pâme au soleil,
Et, (lès le renouveau qui sème Des roses dans le jardin blême, Tout est bien pourvu que l'on aime!
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