LES HYPOCRITES
« Vous avez, c'est sûr, D'angëliques ailes De neiga et d'azur!
Quand, pleines de zèles, A l'autel, en mai, Vont les demoiselles,
an L'HTMNAIRE DES AMANTS.
Blanche, et Toeil fermé, Vous êtes un cierge Pas môme allumé;
La divine Vierge Croit qu'un iys parmi D'autres lys émerge.
Vous n'avez d'ami - Que Toiseau qui jase ihi bois endormi;
Vous êtes un vase Pur et précieux Où fleurit rextaîic;
Et Ton voit les cieux Bleuir sous la frange De vos cils soyeux!
LHYMNAIRE DES AMANTS. 247
Mais par vos airs d'ange
N'imagineÉ pas
Me donner le change.
Qu'il est ici-bas D'âmes ingénues !
Certes, c'est mon cas,
Chaste sous les nues J'ignore pourquoi Les roses sont nues;
Au nid tiède et coi Pourquoi l'on roucoule, Je l'ignore, moi !
Si, parmi la houle Des feuillages d'or, Loin, loin de la foule,
248 L'HYMNAIRE DES AMANTS.
Ta lèvre, trésor Hélas ! dont me sèvre Ma candeur encor,
Alarmait ma fièvre l)*un feu peu chrétien, Je fuirais ta lèvre!
Pourtant je sais bien Oh le bât vous blesse, Ange aérien.
El sous la simplesse
Du nimbe, je vois
Vos cornes, diablesse! »
Je me tus. Sa voix
De nonne qui prie
Dit : « SoUl ie vous crois î
L'HYMNAIRE DES AMANTS. 2^9
Votre âme est fleurie Comme un lys aussi Du mois de Marie.
Jamais le souci D'une tendre bouche Qui sent le roussi,
Monsieur ! ne vous touche ; Même aux jeunes seins Vous êtes farouche ;
Et vos purs desseins Charment la phalange Austère des saints.
Pourtant mes yeux d'ange Pas encor déchu Ont vu, c'est étrange,
Votre pied fourchu!
L'HYMNAIRE DES AMANTS. 2bl