LES CONFUSIONS POSSIBLES
La nuit met aux cieux Des clartés mièvres, Astres, ou tes yeux?
Mai parfume Sèvres De rosiers en fleur, Roses, ou tes lèvres?
252 L'HYMNAIRË DES AMANTS.
Le flocon frûleur A blanchi la plaine, Neige, ou ta pâleur?
La chapelle est pleine D'arômes ardents, Myrrhe, ou ton haleine?
Un collier luit dans L'écrin qui le presse, Perles, ou tes dents ?
Lente, la tigresse Bâille, ouvrant les doigts, Griffe, ou ta caresse?
Au lointain d(3s bois Babille un ramage, Fauvette, ou ta voix ?
L'HYMNAIRE DES AMANTS. 2o3
Le miroir d'un mage Évoque mes vœux.
Ange, ou ton image?
L'or des blés aux feux D'été se hérisse, Gerbe, ou tes cheveux?
L'aronde qui trisse Feint de se poser.
Aile, ou ton caprice?
Je sens s'attiser Une âpre brûlure Braise, ou ton baiser?
L'onde en la froidure De l'hiver vainqueur Gèle, claire et dure,
Glaçon, ou ton cœur?
L'HYMNAIRE DES AMANTS. 25S
NUIT FEERIQUE
Sur la lisière où Tombre abonde Menez la ronde vagabonde, Fée Oriane, ou fée Habonde !
Épanouissez sous les branches
Du bouleau qui penche les blanches
Incandescences de vos hawç\v^%»\
«6 L*HTM1IÂIRB DES AMANTS.
Et tandis que, claire lacune» , S'ouvre en la nuit brune la lune, Pftmes-vous d*amour l'autre et Tune,
En mêlant» de Torme au mélèze.
Vos beaux pieds nus que baise à l'aise
La mousse et que l'épine lèse!
Pour boire le sang qui s'échappe Sur la verte nappe, et que happe La violette sous sa chape,
Pour cueillir, 6 bacchantes fées Par quelque Orphée ébouriffées, L'astre dont vous êtes coiffées,
Je donnerais la charmeresse
Morbidesse de la caresse
Dont m'enchanta, \i\et,m9.m^\U^'5»'5»^,
L'HYMNAIRE DES AMANTS. 257
Et les espoirs de la future Joie, exquise et dure, qu'endure Ma passion de la torture.
Pleureur de la tendre supplique Mélancolique à qui réplique Au loin la flûte bucolique,
Rossignol! tu les vois, ces belles,
Briser sous elles, ribambelles
De tendres fleurs, les fleurs rebelles!
Vous les voyez, lune, étoile, ombre Où les nefs d'or sombrent, sans, nombre Traverser l'herbe claire et sombre,
Et tu les vois aussi, pareille A de Tor qui s'éveille, abeille Où le regret de Taube veille !
S58 LHTMNAIRB DES AMANTS.
Et tu les vois, silencieuse Ramure creuse de l'yeuse Où dort l'âme mystérieuse
Des vieux rêves î Mais moi, penché, A cause d*un ancien péché, Sur le velin d*encre taché,
Je ne vois rien î je ne vois pas L'herbe frissonner sous tes pas, Oriane, l'herbe où tu vas.
Et je suis, dans le soir obscur, Errant vers quelque but peu sûr (]omme Renaud ou Percédur !
Mais ce m'est une jeune joie
De savoir (ju'au bois où flamboie
La lune en le bouleau qui ploie,
L'HYMNAIRE DES AMANTS. 259
Vous jetez, de clair ciel coiffées, Fée et fée, à d'autres Orphées, Vos étoiles ébouriffées !