‹ PoésiesChapitre 14 sur 177 · LE CÉNACLE · texte numérisé non relu

LE CÉNACLE

Quand vous serez plusieurs réunis en moi nom, je senii avec vous.

En ces jour» île martyre el de gloire, où la hache Effaçait dans le sang l'impur crachai du lâche

Sur les plus nobles fronts; Où les rhéteurs d'Alhéne et les sages de Home Raillaient superbement les tils du Dieu fait homme

Qu'égorgeaient les Nérôns ;

Quelques disciples saints, les soirs, dans le cénacle Se rassemblaient, et là parlaient du grand miracle,

À genoux, peu nombreux, .Mais unis, mais croyants, mais forts d'une foi d'ange: Cardes langues de feu voltigeaient, chose étrange!

Et se posaient sur eux.

Moins mauvais sont nos jours. Pourtant on y blasphème, Et des railleurs encor lancent leur analhème

Au Dieu qu'on ne voit pas.

Si le poëte saint, apôtre du mystère, Descend, portant du ciel quelque chose à la terre :

o Où court-il de ce pas?

i Que nous veut ce chanteur «lans sa fougue insensée? » Et voilà qu'un mépris fait rentrer la pensée

Alt cœur qui la cachait.

Comme au penchant des monts l'hiver qui recommence Suspend l'onde lancée el la cascade immense

Qui déjà s'épanchait.

Que foire alors? se taire?. . oh ! non pas, niais poursuivre, Mais chanter, plein d'espoir en Celui qui délivre,

Et marcher son chemin; Puis les soirs quelquefois, loin des moqueurs barbares, Entre soi converser, compter les voix trop rares

Et se donner la main :

Et là, le fort qui croit, le faible qui chancelle,

Le cœur qu'un feu nourrit, le cœur qu'une étincelle

Traverse par instants ; L'âme qu'un rayon trouble et qu'une goutte enivre, Et l'œil de chérubin qui lit comme en un livre

Aux soleils éclatants;

Tous réunis, s'entendre, et s'aimer, et se dire : Ne désespérons point, poètes, de la lyre,

Car le siècle est à nous. — 11 est à vous; chantez, ô voix harmonieuses, Et des humains bienlôt les foules envieuses

Tomberont à genoux.

Parmi vous un génie a grandi sous l'orage,

Jeune et fort; sur son front s'est imprimé l'outrage

En éclairs radieux; Mais il dépose ici son sceptre et le repousse; Sa gloire sans rayons se fait aimable et douce

Et rit à tous les yeux.

Oh! qu'il chante longtemps ! car son luth nous entraine, Nous rallie et nous guide, et nous tiendrons l'arène,

Tant qu'il retentira ; Deux ou trois tours encore, aux sons de sa trompette, Aux éclats de sa voix que tout un chœur répète,

Jéricho tombera!

Et toi, frappé d'abord d'un affront trop insigne, Chantre des saints amours, divin et chaste cygne,

Qu'on osait rejeter, Oh! ne dérobe plus ton cou blanc sous ton aile; Reprends ton vol et plane à la voûte éternelle

Sans qu'on t'ait vu monter.

Un jour plus pur va luire, et déjà c'est l'aurore; Poêles, à vos luths!... pourquoi tarder encore,

G vous, le plus charmant?

Sous quels doigts merveilleux la mélodie a-t-elle Ou tissus plus soyeux, ou plus riche dentelle.

Ou plus fin diamant?

Fuyez des longs loisirs la molle enchanteresse ; la gloire est là (partez!) qui du regard vous presse

Et vous convie au jour :

Hâtez-vous; quelle voix plus tendrement soupire, Et mêle dans nos yeux plus de pleurs au sourire

Quand vous chantez l'amour?

Mais un jeune homme écoute, à la tète pensive, Au regard triste et doux, silencieux convive,

Debout en ces festins :

Il est poète aussi ; de sa palette ardente Vont renaître en nos temps Michel-Ange avec Dante

Et les vieux Florentins.

Fraternité des arts ! union fortunée !

Soirs dont le souvenir, même après mainte année,

Charmera le vieillard!

Lorsqu'enfin tariront ces délices ravies, Que le sort, s'attaquant à de si chères vies

(Oh ! que ce soit bien tard) ,

Aura mis à son rang le grand homme qui tombe El fait, comme toujours, un autel desa tombe,

Alors, si l'un de nous, Le dernier, le plus humble en ces banquets sublimes (Carie sort trop souvent aux plus nobles victimes

Garde les premiers coups),

S'il survit, seul assis parmi ces places vides, Lisant des jeunes gens les questions avides

Dans leurs yeux ingénus, Et des siens essuyant une larme qui nage. Il dira tout ému des pensers du jeune âge :

.( Je les ai bien connus ;

« Us étaient grands et bons. L'amére jalousie « Jamais chez eux n'arma le miel de poésie

« De son grêle aiguillon, « Et jamais dans son cours leur gloire éblouissante « » brûla d'un dédain l'humble Heur pâlissante,

« Le bluel du sillon. »

Est-il besoin de faire remarquer que, dans son Cénacle, Joseph n'a introduit que quelques poètes et un jeune et grand peintre réellement unis entre eux et avec lui par des rapports intimes d'amitié et de voisinage Il n'a pu prétendre exclure d'un ('émule idéal plus vaste et plus complet tant d'antres artistes qu'il ne nomme pas. [Note île l'f'.di eur.)

POl II UN AMI

I\ Mllir. M l\ PUBLICATION D'OS PRBNIJBE OUVRAGE.

C'esl demain, c'est demain qu'on lance.

<Ju*on hmee mon navire aux flots;

L'onde en l'appelant se balance

Devant la proue; amis, silence !

Ne chantez pas, gais matelots !

Demain je quitte le rivage Où dormit longtemps mon radeau ; Là-bas m'attend plus d'un orage, Plus d'un combat, quelque naufrage Sur un banc de sable à fleur d'eau.

Oui, le naufrage! on touche, on sombre : L'ouragan seul entend vos cris ; Puis le matin vient chasser l'ombre ; Sur le ciel bleu pas un point sombre, Sur l'abîme pas un débris.

Ne chantez pas! quand même encore, Sur mainte mer, sous maint climat.

Aux feux du soleil qui le dore, Battu de la brise sonore, Mon pavillon, au haut du mât

Déployant sa flamme azurée El ses immortelles couleurs, Recevrait de chaque contrée, En passant, la perle nacrée, (^ L'ivoire, l'encens ou des fleurs;

Quand, ma voile au loin reconnue, On verrait la foule à grands pas S'agiter sur la grève nue, Les forts saluer ma venue, 0 mes amis, ne chantez pas!

Cela vaut-il ce que je laisse, Tant de silence, et tant d'oubli ; Et ce gazon où la tristesse, De mon âme éternelle hôtesse, Inclinait un front recueilli ;

Alors que mon mât de misaine, De la hache ignorant les coups, Dans les grands bois était un chêne, Et qu'au bruit de fonde prochaine Tout le jour je rêvais dessous?

Oh ! j'y versai plus d'une larme ; Mais les larmes ont leur douceur ; Mais la tristesse a bien son charme :

Son front à la fin se désarme, Et c'est pour nous comme une sœur.

Point de crainte alors ; sous la branche Point d'oeil profane ; et si parfois D'un lac frais la surface blanche, Où d'en haut la lune se penche.

M'arrachait au gazon des bois ;

Si dans une barque d'écorce, • Ou de glaïeul, ou de roseau, Ou de liane trois fois torse, A ramer j'essayais ma force Comme dans l'air un jeune oiseau ;

Nul bruit curieux sur la rive Ne troublait mon timide essor, Sinon quelque nymphe furtive ; Mon âme n'était plus oisive, Et c'était du repos encor.

DE JOSEPH DELORM E.

Mais, depuis, l'orgueil en délire A pris mon cœur comme un tyran ; Je ne sais plus à quoi j'aspire ; Ma nacelle est un grand navire, Et me voilà sur l'Océan.

C'est demain, c'est demain qu'on lance, Qu'on lance mon navire aux flots ; L'onde en l'appelant se balance Devant la proue ; amis, silence !

Ne chantez pas, gais matelots !

SONNET

A Ronsard

POUl; UN AMI QUI PUBLIAIT UNE ÉDITION DE CF. POÈTE.

A toi, Ronsard, à toi, qu'un sort injurieux Depuis deux siècles livre aux mépris de l'histoire, J'élève de mes mains l'autel expiatoire Qui te purifiera d'un arrêt odieux.

Non que j'espère encore, au trône radieux D'où jadis tu régnais, replacer ta mémoire: Tu ne peux de si bas remonter à la gloire : Vulcain impunément ne tomba point des deux

Mais qu'un peu de pitié console enfin tes mânes ;

Que, déchiré longtemps par des rires profanes,

Ton nom, d'abord fameux, recouvre un peu d'honneur!

Qu'on dise : Il osa trop, mais l'audace ('-lait belle;

Il lassa, sans la vaincre, une langue rebelle,

Kl de moins grands, depuis, eurent plus de bonheur.

LES RAYONS JÀUNESd)

Lurida prspterea liun! qiwctimqne.., / LlICItÉCE, liv. IV. »

Los dimanches d'élé, le soir, vers les six heures, Quand le peuple empressé déserte ses demeures

Et va s'ébattre aux champs, Ma persienne fermée, assis à ma fenêtre, Je regarde d'en haut passer et dispara Ire

Joyeux bourgeois, marchands.

Ouvriers en habits de fête, au cœur plein d'aise :

Un livre est entrouvert, prés de moi, sur ma chaise :

Je lis ou fais semblant; Et les jaunes rayons que le couchani ramène, Plus jaunes ce soir-là que pendant la semaine,

Teignent mon rideau blanc.

(1) Cette pièce est peut-être, île toutes celles de Joseph Delormc, celle qui a essuyé dans le temps le plus de critiques et d'épigrammes. Diderot a dit quelque part [Lettres n mademoiselle Volund) ■■ <• Une seule qualité pHy- « sique peut conduire l'esprit qui s'en occupe à une infinité de choses diverses. Prenons une couleur, le jaune, par exemple: l'or est jaune, la •x soie est jaune, le souci esl jaune, la bile est jaune, la lumière est jaune, • la paille est jaune; à combien d'autres fils ce fil ne répond-il pas?... « Le fou ne s'aperçoit pas qu'il en change : il tient un brin de paille « jaune et luisante à la main, et il crie qu'il a saisi un rayon du soleil. Le rêveur qui laisse flotter sa pensée fait quelquefois comme ce fou dont parle Diderot : ainsi, ce jour-là. Joseph Delorme.

DE .1 OSEPU DELORME.

j'aime à les voir percer vitres et jalousie; (Iliaque oblique sillon trace à ma fantaisie

Un flot d'atomes d'or ; Puis, nfarrivant dans l'ànic à travers la prunelle, Ils redorent aussi mille pensers en elle,

Mille atomes encor.

Ce sont des jours confus dont reparaît la trame, Des souvenirs d'enfance, aussi doux à notre âme

Qu'un rêve d'avenir :

C'était à pareille heure (oh ! je me le rappelle) Qu'après vêpres, enfants, au chœur de la chapelle,

On nous faisait venir.

La lampe brûlait jaune, et jaune aussi les cierges; Et la lueur glissant aux fronts voilés des vierges

Jaunissait leur blancheur; Et le prêtre vêtu de son étole blanche Courbait un front jauni, comme un épi qui penche

Sous la faux du faucheur.

Oh ! qui dans une église, à genoux sur la pierre, N'a bien souvent, le soir, déposé sa prière,

Comme un grain pur de sel?

Oui n'a du crucifix baisé le jaune ivoire? Qui n'a de l'Homme-Dieu lu la sublime histoire

Dans un jaune missel?

Mais où la retrouver, quand elle s'est perdue, Celle humble foi du cœur, qu'un Ange a suspendue

En palme à nos berceaux ; Qu'une mère a nourrie en nous d'un zèle immense; Dont cbaquejour un prêtre arrosait la semence

Aux bords des saints ruisseaux?

Peut-elle refleurir lorsqu'à soufflé l'orage,

Et qu'en nos cœurs l'orgueil, debout, a dans sa rage

Mis le pied sur l'autel ?

On est bien faible alors, quand le malheur arrive. Et la mort... faut-il donc que l'idée en survive

Va vœu d'être immortel !

.l'ai vu mourir, hélas ! ma bonne vieille tante. L'an dernier; sur son lit, sans voix et haletante,

Elle resta trois jours, Et trépassa. J'étais prés d'elle dans l'alcôve; .l'étais près d'elle encor quand sur sa tèle chauve

Le linceul fit trois tours.

Le cercueil arriva, qu'on mesura de l'aune;

.l'étais là... puis, autour, des cierges brûlaient jaune,

Des prêtres priaient bas ; Mais en vain je voulais dire l'hymne dernière ; Mon œil était sans larme et ma voix sans prière,

Car je ne croyais pas.

Elle m'aimait pourtant... ; et ma mère aussi m'aime, Et ma mère à son tour mourra; bientôt moi-même

Dans le jaune linceul Je l'ensevelirai; je clouerai sous la lame Ce corps flétri, mais cher, ce reste de mon âme:

Murs je serai seul ;

Seul, sans mère, sans sœur, sans frère et sans épouse; Car qui voudrait m'aimer, et quelle main jalouse

S'unirait à ma main?...

Mais déjà le soleil recule devant l'ombre, El les rayons qu'il lance à mon rideau plus sombre

S'éteignent en chemin...

Non, jamais à mon nom ma jeune fiancée Ne rougira d'amour, rêvant dans sa pensée

Au jeune époux absent ; Jamais deux enfants purs, deux anges de promesse, l\e tiendront suspendus sur moi, durant la messe,

Le poêle jaunissant.

.Non, jamais, quand la mort m 'étendra sur ma couche, Mon front ne sentira le baiser d'une bouche,

Ni mon œil obscurci N'entreverra l'adieu d'une lèvre mi-close ! Jamais sur mon tombeau ne jaunira la rose,

Ni le jaune souci !

— Ainsi va ma pensée, et la nuit est venue ; Je descends, et bientôt dans la foule inconnue

J'ai noyé mon chagrin :

Plus d'un bras me coudoie; on entre à la guinguette, Un sort du cabaret ; l'invalide en goguette

Chevrote un gai refrain.

Ce ne sont que chansons, clameurs, rixes d ivrogne, Un qu'amours en plein air, et baisers sans vergogne,

Et publiques faveurs ; Je rentre : sur ma route on se presse, on se rue ; Toute la nuit j'entends se traîner dans ma rue

Et hurler les buveurs.

LE SOIR DE l V JEl NESSE .4 mon <inii**'

(lui, vous avez franchi la jeunesse brûlante : \ous ave/ passé l'âge où chaque heure est trop lente, Où, tout rêvant, on court, le front dans l'avenir, Et déjà s'ouvre à vous l'âge du souvenir. Oui, l'amour a pour vous mêlé joie et souffrance ; Vous l'avez ressenti souvent sans espérance. Vous l'avez quelquefois inspiré sans bonheur : Vos lèvres ont tari le philtre empoisonneur. Oui, bien des fois, les nuits, errant à l'aventure Sur vos grands monts, au sein de la verte nature ; Suivant, sous les pins noirs, les sentiers obscurcis, Au bord croulant d'un roc vous vous êtes assis. Et vous avez tiré des plaintes de votre âme, Comme au bord de l'abîme un cerf en pleurs qui brame. Oui, vous avez souvent revu, depuis, ces lieux, Les mêmes qu'autrefois, mais non plus à vos yeux. Car vous n'étiez plus seul : et la nuit éloilée, El la sèche bruyère encore échevelée, Les longs sapins ombreux, les noirs sen!iers des bois, Tout prenait sous vos pas des couleurs et des voix : El lorsqu'après avoir marché longtemps ensemble, Elle attachée à vous comme la feuille au tremble, Vous tombiez sous un arbre, où la lune à l'enlour Répandait ses rayons comme des pleurs d'amour, Il qu'elle vous parlait de promesse fidèle Et de s'aimer toujours l'un l'autre ; alors, près d'elle, Sentant sur votre front ses beaux cheveux courir;

Vous avez clos les yeux et désiré mourir.

Oui, vous avez goûté les délices ainères;

Et quand il a fallu rompre avec ces chimères,

Votre cœur s'est brisé, mais vous avez vaincu :

La raison vigilante au rêve a survécu ;

Et maintenant, debout, à votre âme enfin libre

bans la région calme assurant l'équilibre,

Et sur un axe fixe aux deux la balançant,

Vous lui tracez sa marche avec un doigt puissant;

Vous lui dites d'aller où vont les nobles astres,

En cet Océan pur, serein et sans désastres, •

Où Kanl, Platon, Leibnitz, enchaînant leur essor,

Aux pieds de l'Éternel roulent leurs sphères d'or ;

Et vous ne craignez pas que cette flamme esclave,

Ce volcan mal éteint qui couve sous la lave,

Ne s'éveille en sursaut, et comme un noir torrent

N'inonde l'astre entier de son feu dévorant?

C'est bien, et je vous crois; mais prenez garde encore, Veillez sur vous, veillez, de la nuit à l'aurore, De l'aurore à la nuit. — Mais si parfois, le soir. Sous les blancs orangers vous aimez vous asseoir, Ob ! ne promenez pas votre âme curieuse De la blonde aux yeux bleus à la brune rieuse ; — Mais ne prolongez pas le frivole entretien , Quand, près d'un doux visage et votre œil sous le sien, Votre baleine mêlée aux parfums de sa bouche, Votre main effleurant la martre qui vous touche, Oubliant à loisir le Portique et Platon, Vous causez d'un bijou, d'un bal ou d'un feston; — Mais, rarement au soir, quand la tète oppressée Se fatigue et fléchit sous sa liante pensée, Bien rarement, ouvrez, pour respirer l'air pur, La persienne qui cache un horizon d'azur,

De peur qu'une guitare, une molle romance Soupirée au jardin, un doux air qu'on commence El qu'on n'achève pas, quelque fantôme blanc (Jui se glisse à travers le feuillage tremblant, Ne viennent, triomphant d'un cœur qui les délie, Toute la nuit troubler votre philosophie; — Jamais surtout, berçant votre esprit suspendu, Sur la fraîche ottomane en désordre étendu, Un roman à la main, jamais ne passez l'heure \ gémir, à pleurer avec l'amant qui pleure; (lar vous en souffrirez; car, à certain moment, Vous jetterez le livre, et dans l'égarement Vous vous consumerez en émotions vaines; De votre front brûlant se gonfleront les veines; De votre cœur brisé les lambeaux frémiront, Et pour se réunir encor s'agiteront.

Tel le serpent, trahi sous l'herbe qui le cache, Et qu'a tranché soudain un pâtre à coups de hache : Il se dresse, il se lord en cent tronçons cuisants, El rejoint ses anneaux au soleil tout luisants. — Veillez sur vous, veillez; la défaite est cruelle : — --j Si vous saviez, hélas! ce qu'en un cœur rebelle Enfantent de tourments les transports sans espoir, Les rêves sans objet et des regrets au soir! Oh ! point d'étude alors qui charme et qui console, Arrosant d'un parfum chaque jour qui s'envole ; Point d'avenir alors, ni d'oubli : l'on est seul, Seul en son souvenir comme en un froid linceul. L'àme bientôt se fond, et déborde, et s'écoule, Pareille au raisin mur que le vendangeur foule; On s'incline au soleil, on jaunit sous ses feux, Kl chaque heure en fuyant argenté nos cheveux. Ainsi l'arbre, trop tôt dépouillé par l'automne : On dirait à le voir qu'il s'afflige et s'étonne,

Et qu'à terre abaissant ses rameaux éplorés 11 réclame ses Heurs ou ses beaux fruits dorés. Les bras toujours croisés, debout, penchant la tête, Convive sans parole, on assiste à la fête. On est comme un pasteur frappé d'enchantement, Immobile à jamais prés d'un fleuve écumant, Qui, jour et nuit, le front incliné sur la rive, Tirant un même son de sa flûte plaintive, Semble un roseau de plus au milieu des roseaux. Et qui passe sa vie à voir passer les eaux.

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