‹ PoésiesChapitre 154 sur 177 · DE CHARLES LAMB · texte numérisé non relu

DE CHARLES LAMB

Hùlns! répondez-moi, qu'est-elle devenue Mathuhin Régnier, Stances.

Nous étions deux enfants à passer notre enfance. Mais Elle si charmante et plus jeune que moi; Nous vivions d'une égale et mutuelle foi, Et cette sœur aimable avait nom Innocence.

Nous aurions tous les deux pleuré pour une absence. Mais voilà qu'un matin l'Orgueil me prend : « Et Toi, N'es-tu pas homme enfin?» Il dit, et je le croi; Je me mêle à la foule, et l'air impur m'offense.

Ma jeune amie en pleurs s'enfuit à cet affront, Cachant dans ses deux mains la rougeur de son front : Je la perdis alors dans la forêt profonde.

0 douce Bien-Aimée, où donc a-l-elle fui?

Dites, quel chaste Éden me la cache aujourd'hui ?

Que je la cherche encor, fût-elle au bout du monde!

SONNET

Un cœur jà mùr en un sein verdelet.

RONSABD.

Ces jours derniers dans les airs, la Nature Avait encor je ne sais quelle aigreur, Oui sous l'éclat d'Avril, comme une erreur, Faisait obstacle à l'entière verdure.

Trop jeune cœur et beauté trop peu mûre Sous leur soleil ont aussi leur verdeur : Pour l'adoucir et la fondre en ardeur, Que faut-il donc? quelle heure est la plus sûre:

Mais, l'autre soir, un nuage expiré Cède soudain : la Nature a pleuré, Et d'une pluie elle s'est attendrie;

Le Printemps règne. — Ainsi, fière Beauté, Qu'un seul pleur tombe en ta jeune âpreté, Et ce n'est plus qu'amour et rêverie.

SONNET

■A PH1LOTHÉE (1)

Pourquoi, dans l'amitié, vouloir donc que l'ami Se moule à notre esprit, en épouse l'idée,

(1) On est très-convertisseur et tn'S-prêclieiir aux alentours du lac de Genève et dans le Canton de Vaud.

La tienne en tout pareille et sur tout point gardée, Sans que rien la dépasse et se joue à demi?

Pourquoi, s'il doute encor, s'il est moins affermi En tout ce qui n'est pas l'amitié décidée, Pourquoi, sans vous asseoir, toujours plus loin guidée, Le piquer dans son doute à l'endroit endormi?

J'en sais qui, dès avril, sur l'arbre encor sauvage, Non pas indifférents, mais sans presser le gage, En respirent la fleur d'un cœur déjà content.

Et cette fleur, un jour peut-être, non hâtée, Comblera tous vos vœux, ô belle Philothée! Comme un fruit mûr qui tombe au gazon qui l'attend.

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