A MADAME
Il est doux, vers le soir, au printemps qui commence, Au printemps retardé qui se déclare enfin, Les premiers jours de mai, dans cet air tout divin Où se respire en fleur la pr< mière semence;
Il est doux, à pas lents, sous le couchant immense, Devant ces pics rosés de neige et d'argent fin, Devant ce lac qui luit comme un dos de Dauphin, Par ces tournants coteaux qui vont sans qu'on y pense,
Il est doux, Amitié, de marcher sans danger, Tenant près de son cœur ton liras chaste et léger, De se montrer chaque arbre et sa pointe première :
Le bois, sans feuille encor, mais d'un bourgeon doré,
Jette l'ombre à nos pas sur le sol éclairé,
Et d'un réseau qui tremble y berce la lumière.