‹ PoésiesChapitre 50 sur 177 · LA SUIVANTE D'EMMA · texte numérisé non relu

LA SUIVANTE D'EMMA

Ne sit ancill;o.., amor pudori.

Horace.

Emma, vous fûtes belle, et depuis Cliampmêlé Rien de si cher que vous au public assemblé Ne reçut chaque soir accueil plus unanime, N'eut un accent plus tendre et plus de grâce intime, Et ne fit naître à l'âme aussi touchante erreur; Non,... et jamais Contât, Gaussin ou Le Couvreur N'eurent autant qu'Emma d'artifice et d'empire Pour ravir d'une larme et troubler d'un sourire; Nulle ne déploya des charmes plus aimés; beaucoup, blessés par vous, sans vous être nommés, Sont morts; beaucoup en vain vous ont ouvert leur âme; Des conquérants grondants, lions au cœur de flamme, Ont gémi dans vos bras et baisé vos pieds nus; Et maintenant, hélas ! que les ans sont venus, Que vos attraits s'en vont au vent qui les dévore, Inimitable Emma, vous nous charmez encore ; Vous semblez par instants la même qu'autrefois ; Vos yeux encor sont doux et jeune est votre voix ; Votre front a gardé sa chevelure noire, Votre main sa blancheur, et vos dents leur ivoire, Et la nuit, au théâtre, un public enchanté Avec illusion croit à votre beauté.

Mais bien tard, de plus près, quand derrière la scène, La curiosité, jeunes gens, nous entraîne

(1) N'est-ce point mademoiselle Mars, les soirs à' Hernani?

(Car ce n'est plus l'amour) dans la loge, au boudoir,

Où se fait et défait la toilette du soir,

Que dirai-je? on vous voit, on aime à vous entendre;

On regrette tout bas ce que rien ne peut rendre;

On jouit des trésors de votre esprit charmant;

En vous on veut connaître un dernier monument

De l'âge qui n'est plus, d'un règne qui s'efface;

— Et pendant ce temps-là, souvent passe et repasse

Votre fraîche suivante, alerte, au pied glissant,

Fine de taille, à l'œil doux, furtif, agaçant,

Dont on ne sait le nom; elle tourne sans cesse

Détachant vos joyaux, vos robes de princesse,

Et sans bruit les emporte, et bientôt reparait;

Et, tout la regardant, l'adolescent disirait

A peine vous répond,... car elle est jeune et belle;

Et, s'il revient demain, c'est peut-être pour elle.

— Je ne veux plus, je ne chercherai plus, :r.c disait- e

— Je répondais :

Amie, il faut aimer quand le feu couve encore Et qu'une main fidèle en refait les apprêts; Il faut rendre à l'autel ce qui tout bas dévore Et qu'on regrette après.

Il faut aimer tandis que l'âme endolorie N'a laissé qu'un éclair au front inaltéré, Et qu'à de jeunes yeux l'amant soumis s'écrie : « Par toi je revivrai ! »

DE JOSEPH DELORSIE. '205

Amie, il faut aimer pour qu'à l'heure où tout passe, A l'âge où toutes fleurs quitteront le chemin, Dans les landes du soir, en entrant, tête basse , Nous nous serrions la main.

11 faut aimer pour l'heure où les suprêmes transes Dans un sein qui se brise éteindront les soupirs : Le dernier nous rendra toutes les espérances Et tous les souvenirs !

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