DONNÉE EN RETOUR D'AUTRES LETTRES RENDUES
Je ne regrette rien : ces lettres que je pleure, M'en voilà tout payé, bien plus riche à cette heure ! Quoi? tous ces souvenirs lentement amassés, Ces purs commencements que rien n'a dépassés, Et qui, par longs détours déroulant leur nuance, Au cœur qui les revoit n'ont laissé nulle offense ; Quoi? ces bonjours charmants, mille fois variés, Ces gracieux appels l'un à l'autre liés, Ces demi-mots parlant au rêve du poète, Où j'achevais le sens sous la page discrète;
(1) J'ai un doute : est-ce bien au inùme objet que s'adresse cette autre Élégie, douce de ton et moins vive?
Ces mots plus sérieux qui s'annonçaient d'abord, Écrits à certains soirs tout près d'un lit de mort, Et d'où, pour épurer ce qui tient à la terre, Un éclair m'arrivait du terrible mystère; Ces bons propos souvent quand j'étais affligé, Cette plainte parfois si je semblais changé ; Mais surtout la douceur de ce courant que j'aime, Ce flot continuel, la belle âme elle-même; Quoi? tous ces chers trésors, à peine dévoilés, Voilà que je les perds, et vous m'en consolez ! Même en les retirant, vous savez me les rendre Par le plus chaste gage et non pas le moins tendre ; Je les pleure, et pourtant je n'en regrette aucun : Je les respire là tous en un seul parfum. 0 cheveux odorants! ô ma boucle adorée, Qu'elle noua longtemps sur sa tête sacrée ; Qui, dans ses belles nuits, dormait sous le réseau, Reployée à demi comme une aile d'oiseau, Et qui chaque matin, quand l'âme aussi se lève, S'échappait sur son front et caressait le rêve ! Anneau léger, le nœud le plus sûr de sa foi ! Feuille de l'arbre saint, cueillie exprés pour moi!
Tantôt une vapeur où son âme est baignée L'enveloppe au réveil et, toute la journée, La tient, et jusqu'au soir prolonge un négligé Où des grâces d'hier sa main n'a rien changé. En vain elle s'est dit que la campagne est belle, Que l'air a des parfums, et qu'au dehors l'appelle
Promenade ou visite, ou qu'on doit recevoir Un convive au logis ; — debout à son miroir, Et contemplant longtemps, d'une prunelle avide, Dans les plaines du ciel l'espace le plus vide;
— Sa robe, tout d'un flot, tombant jusqu'à ses pieds; — Levant vers ses cheveux à peine dépliés
Un bras voluptueux qui s'y pose et s'oublie, Passant vingt fois l'eau pure à sa joue embellie (Tant son soin est ailleurs!), — ou par soudains ébats, Et d'un air de chercher, parcourant à grands pas Ses chambres, et rangeant à des places meilleures D'indifférents objets durant de vagues heures;...
— Ainsi le jour s'écoule, et Ton vient; il est lard, Et la voilà surprise. — Oh ! dites, quel brouillard, Par un ciel si charmant, cache donc la vallée ? Quel souffle éclaircira l'onde aux saules mêlée ?
Tantôt, dès le malin, au sortir des rideaux, Vigilante, empressée, à des atours nouveaux D'abord elle s'essaye, et ce sont des parures Plein les tiroirs ouverts, et des choix de ceintures, Dentelles, bracelets et ferronnière d'or. Sous ses mains assemblés, ses cheveux, noir trésor, Qu'en arrière abondants un peigne altier redresse, Au devant, par anneaux crêpés ou qu'elle tresse, S'épandent, ou s'en vont, simples bandeaux unis ; Puis, la robe s'attache, et les choix sont finis; Et, comme pour l'éclat de toute une soirée, On la voit, dès midi, radieuse et parée. Qu'a-t-elle? quels projets sont les siens? et pour qui? -- Est-ce un ciel de printemps? le soleil a-t-il lui? Je ne sais, et peut-être elle-même l'ignore.
— - Viendra-t-il compagnie? Elle ne sait encore Et ne s'en inquiète. — Oh ! d'autres chers désirs,
Éclos avant le jour et nés des souvenirs. Ont chanté l'espérance à son âme éveillée. De l'oiseau familier la voix sous la feuillée, D'elle seule entendue, a chassé sa langueur : Pour un hôte invisible, il est fête en son cu?ur.
•SONNET