‹ PoésiesChapitre 61 sur 177 · S SEPTEMBRE, CI.NQ HEURES DU SOIR · texte numérisé non relu

S SEPTEMBRE, CI.NQ HEURES DU SOIR

Ubaquc popukis!

Triste, loin de l'Amie, et quand l'été décline, (Juand le jour incliné plaît à mon coeur désert, Sans un souffle, de vent, sous un ciel tout couvert D'où par places la pluie échappait en bruine,

Je sortais du taillis au haut de la colline : S oudain je découvris comme un sombre concert De la nature immense : avec un dur flot vert La rivière au tournant, d'ordinaire si fine;

Et tous les horizons redoublés et plus bleus Fonçaient d'un ton de deuil leur cadre sourcilleux; Les bois amoncelaient leurs cimes étagées ;

Et la plaine elle-même, embrunissant ses traits, Au lieu de l'intervalle et des longues rangées, Serrait ses peupliers comme un bois de cyprès.

Au boni de l'Oise.

SONNET

Attendre, attendre encor! voir pâlir les beaux jours Et l'automne, en fuyant, attrister la lumière; Des feuilles, sur mon front, voir trembler la dernière. Et n'oser le rejoindre, ô mes chères amours !

Au lit, dans cette chambre où mes ennuis sont lourds- (Chambrette qui nous fut pourtant hospitalière), Me bercer d'un volume écrit sous La Valliére En ce style enchanteur des loisirs et des Cours !

Et la pluie, en lisant, que j'entends sur la cendre,... Et mon double rideau qui laisse trop descendre Un matin sans sourire, insipide lueur;...

Oh! oui, c'est là ma vie, amoureuse et stagnante, Calme sous son brouillard, et si peu rayonnante : Absence de plaisir sur un fond de bonheur !

SONNET

Par un ciel étoile, sur ce beau pont des Arls (1), Revenant tard et seul de la cité qui gronde,

(1) Ce joli pont, quand on en parlait ainsi, n'étail pas encore tombé en roture et en délabrement.

J'ai mille fois songé que l'Éden en ce monde Serait de mener là mon Ange aux doux regards;

De fuir boue et passants, les cris, le vice épars; De lui montrer le ciel, la lune éclairant l'onde, Les constellations dans leur courbe profonde Planant sur ce vain bruit des hommes et des chars.

J'ai rêvé lui donner un bouquet au passage; A la rampe accoudé, ne voir que son visage, Ou l'asseoir sur ces bancs, d'un mol éclat blanchis;

Et, quand son âme est pleine et sa voix oppressée, L'entendre désirer de gagner le logis, Suspendant à mon bras sa marche un peu lassée.

SONNET

Moi qui rêvais la vie en une verte enceinte, Des loisirs de pasteur, et sous les bois sacrés Des vers heureux de naître et longtemps murmurés; Moi dont les chastes nuits, avant la lampe éteinte,

Ourdiraient des tissus où l'âme serait peinte,

Ou dont les jeux errants, par la lune éclairés,

S'en iraient faire un charme avec les fleurs des près (1)

Moi dont le cœur surtout garde une image sainte!

(1) l'ieriosque clics et amantes carmina noctes. (Stacf..)

Au traça? des journaux perdu, matin et soir,

Je suis à ce métier comme un Juif au comptoir,

Mais comme un Juif du moins qui garde en la demeure,

Dans Farriêre-boutique où ne vient nul chaland,

Sa Rebecca divine, un ange consolant,

Dont il rentre baiser le front dix fois par heure.

Mil

SONNET

l'amant antiquaire.

De l'étude où je vais ne prends point jalousie; Ne la crois pas surtout rivale de l'amour. J'entre en ces parchemins et j'épelle alentour, Cherchant l'esprit des morts sous la page moisie.

Pétrarque, notre maître à tous en poésie, Cher aux dévots amants dont il conduit la Cour, Ne faisait, Laure à part, qu'assembler, rendre au jour Mainte docte relique, à propos ressaisie.

Il portait, sais-tu bien? dans son secret réduit. Non pas l'habit de pourpre, où, de loin, il nous luit Depuis qu'au Capitule il recul sa couronne,

DE JOSEPII DELORME. 231

Mais une veste en cuir, où vite il écrivait, Sur les bords et partout, sitôt qu'il le trouvait, Beau mot cicéronien, ou beau vers de cauzone (1).

My shame in crowds, my solitary pride

Goldsmith, Ihe iJi'serkd Village.

Jeune, avide, inconnu, j'ai désiré la gloire, J'ai voulu quelque éclat à mon front ennobli ; Puis, quand j'eus obtenu plus que je n'osais croire, J'ai soudain demandé l'oubli.

J'ai fait, pour regagner l'obscurité première, Le contraire des forts et des cœurs glorieux ; Je me suis tu longtemps, j'ai caché la bannière Qu'appelaient déjà bien des yeux.

J'ai fui mon nom redit et le bruit déjà proche, Aussi prompt, je croisbien, qu'un autre, aux jours passés, Que voulait faire évêque Aquilée, Antioche, Fuyait les peuples empressés.

J'ai fui du nid qu'on guette et du buisson qui chante, J'ai laissé mon sentier de peur qu'on le connût;

(1) Ce détail est historique, comme on le peut lire clans le Nouveau Traité de Diplomatique des Bénédictins.

Et dans la foule entré, dans la poudre mouvante, L'un de tous, j'ai payé tribut.

Et ce n'est plus qu'au soir, par la lande secrète, Sous les rares croissants, qu'au verger désiré, A l'ermitage en fleurs, Vaucluse du poëte, J'ai repris le rêve sacré,

Trompant l'œil curieux, le passant qui m'effraie, Qui, dès qu'il sait sa route à quelque frais réduit, Passe auprès chaque fois, et secouant la haie, Réclame, comme un droit, son fruit;

Non pas au moins, non pas qu'entre tous il vous aime, Non qu'il vive des sucs arrosés de vos pleurs ; Car au détour de là, tous fruits, les moindres même, Lui sont aussi bons ou meilleurs.

Or, si j'étais ainsi, quand, par pudeur pour elle, La Muse me vouait aux seuls échos des bois, Qu'est-ce donc à présent qu'un tendre amour s'y mêle Et qu'un nom tremble dans ma voix?

0 sainte Poésie, intime, et qu'il faut taire, Belle aujourd'hui pour une.. ., un jour pour quelques-uns; Mon secret devant tous, mon orgueil solitaire, Amour a doublé tes parfums!

Aussi je viens à toi, mais plus timide encore, De moi laissant au monde un spectre sans chanson, Une ombre qui sourit : l'âme a suivi l'aurore Et se renferme en son buisson.

Au loin l'air retentit; l'orme superbe expose Mille prix disputés à ses rameaux pendants :

DE JOSEPH DELORMi 233

Le buisson s'épaissit d'une fleur longtemps close, Qui ne se penche qu'en dedans .

Hélas ! et bien souvent en vain elle se penche , Car Celle qui devait à temps la respirer, Craintive, ne vient pas, et la rose trop blanche Aura passé sans enivrer.

Poésie odorante, immobile et pâlie !

Berceau tout d'épaisseur, et d'ombre, et de gazon ! blancheur que nul zéphyr n'essuie et ne déplie ! Rosée où ne boit nul rayon !

Oh! puisse-t-il un jour, si chéri dans son ombre, Berceau qui nous aura, tous deux, si peu reçus, Sous ses rameaux baissés, toujours clos au grand nombre, Mais des vrais amants aperçus,

Puisse-t-il immortel, dans sa fleur encor rare, Peindre aux tendres heureux nos noms avec honneur, Et par nos chants si doux sous le sort qui sépare, Leur dire d'aimer leur bonheur !

SONNET

Nos, Délia, amoris

Exemplum cana bimus uterque coma.

TlBULI.E.

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