‹ PoésiesChapitre 78 sur 177 · LU LE 31 DECEMBRE A MINUIT · texte numérisé non relu

LU LE 31 DECEMBRE A MINUIT

Heureux qui dans Tibur, sous ses triples fontaines, Sous r arc-en-ciel en feu des bruissantes eaux, Sous les grands châtaigniers des Collines romaines, Sur les flancs reverdis des éternels tombeaux, Grandeurs à ravir même une âme délaissée, Heureux qui, clans ces lieux, doubla votre pensée Et fit les deux plus beaux !

(1) Mais, en fait de Bouquelière, voici ce que j'aime mieux et qui est du Joseph Delorme en prose :

Traduit (ou censé traduit) d'une êpig ranime de l'Anthologie :

« Charmante Bouquetière, qui es toi-même comme une fleur riante dans l'avenue des Tombeaux, tu m'offres chaque fois que je passe une couronne, et chaque fois je la prends et j'en décore le marbre de celle que je pleure et qui ornait de sa tendresse mes dernières et pâlissantes saisons. Et ce n'est pas moi seulement, tous ceux qui passent comme moi veulent prendre de tes mains les Heurs. Jamais les morts chéris, jamais les mortes, les amantes même les plus pleurées, n'ont été honorées plus pieusement; jamais elles n'ont re<;u plus de Heurs fidèles en toute saison, et jusque dans l'hiver de l'année, que depuis que toi, la fraiche Bouquetière, comme le plus léger des printemps, tu es assise, guirlandes et couronnes en main, au seuil des lombeaux. »

Et dans Lucques encore, et tout près aux Caséines, Quand s'ouvre avec l'été la galerie en fleur, Quand les odeurs des pins et les odeurs marines Et la brise du soir confondent leur fraîcheur, Ame en tous lieux de soins et d'amitié bercée, Heureux qui, parmi tous, tenait votre pensée, Y faisant le bonheur!

Sur le frais Richemonl quand le printemps s'éveille, Quand le cottage vert a lui sous les taillis, Quand aux feux du matin la Tamise vermeille A secoué sa brume et ses soleils pâlis, Ame blanche et rêveuse, aux buissons balancée, Heureux qui devers lui tirait votre pensée Dans les airs embellis!

Et dans Fontainebleau pourquoi courir encore, Sous ces rocs d'Oberman et leur sombre couvert, Plus rapide à passer que l'Arabe et le More Quand il change sa tente et la pose au désert? Fugitive discrète et sans bruit empressée, Qui donc là-bas, quel charme enchaînait la pensée, Quand ici Ton vous perd ?

Mais aujourd'hui du moins qu'après la longue absence L'Étoile a remontré son doux front éclairci, Entre un an qui finit et l'autre an qui commence Il est peut-être une heure, une minute aussi. En ce soir d'intervalle, à celte heure lassée, Heureux qui, s'y glissant, surprendrait la pensée A dire : Le voici !

DE JOSEPH DELURME. 271

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