‹ PoésiesChapitre 79 sur 177 · IMITÉ D'OVIDE · texte numérisé non relu

IMITÉ D'OVIDE

De tous les dons du Ciel, de tout ce que la terre A de biens, vrais ou taux, qu'elle rend tour à tour, Gloire, grandeur, puissance, ou même étude austère,

Ou même amitié chère,

Je ne veux que l'Amour.

Je ne voulais que lui dans l'ardeur de jeunesse, A Tàge où tous les feux nous couronnent le front; Quand l'orgueil du désir et sa haute promesse

Exaltaient toute ivresse,

Lui seul était au fond.

Je ne rêvais que lui dans mes rêves d'enfance, Près des sureaux en fleur où rôdait mon ennui; Loin des jeux, aux sentiers où le nid sans défense

Jamais n'eut mon offense,

Je ne rêvais que lui.

Je ne veux que l'Amour dans ses restes encore,

Dans les débris épars des lilas défleuris,

Quand m'a laissé le charme, et qu'à défaut d'aurore

Le couchant seul colore

Mes brouillards déjà gris.

Chacun a son destin qui tôt ou tard l'entraîne : C'est fureur ou génie, et quelquefois raison; Alexandre a la coupe et la boit d'une haleine;

Un autre a la Syrène ;

Tyrtée a sa chanson.

Moi, dès que le Printemps me point et me traverse Avec ses mille dards et ses langues de feu. Dès qu'il m'étale en chœur sa jeunesse diverse

Et ses gaietés où perce

Un seul et même jeu,

Quand tout renaît, je meurs; Amour l'ait mon supplice; La vieille et tendre plaie est prompte à se rouvrir; Et je ne veux plus rien que le cruel délice,

Rien qu'un dernier calice

Pour y boire et mourir (1).

(1) Dans cette pièce, il n'y a que l'idée de plaisir; j'aimerais mieux la pièce suivante, du même poète, bien que je ne la trouve qu'en prose dans ses papiers :

« En vain je me dis que je suis libre, que mon cœur n'est nulle part engagé; que les douleurs mêmes, les pertes et la mort, m'ont fait de toutes parts solitaire et sans liens. En vain j'essaye, quand la nature renait et qu'Avril rouvre toutes choses, de jouir encore d'un dernier printemps. A peine ai-je essayé, par ce gai soleil, le long de la baie des lilas, de sourire, à la beauté qui passe et repasse, et dont le regard vayue et chercheur enhardit le mien ; à peine ai-je renoué ce jeu facile et gracieux qui de soimême recommence : — tout d'un coup, sont-ce les Années, sont-ce les Souvenirs qui, par ces matinées si belles, s'élèvent comme de graves témoins autour de moi ? il me semble que j'offense des Mânes. »

Page 1