‹ PoésiesChapitre 8 sur 177 · A LA RIME · texte numérisé non relu

A LA RIME

C'est île la pièce suivante que date la conversion de Joseph à une facture plus sévère. Cette pièce a déjà été publiée ailleurs, comme l'ouvrage d'un ami qui s'est prêté en cela au caprice et à la modestie du poète, mais qui se croit aujourd'hui obligé de faire restitution sur sa tombe.

Rime, qui donnes leurs sons

Aux chansons, Rime, l'unique harmonie Du vers, qui, sans tes accents,

Frémissants, Serait muet au génie ;

Rime, écho qui prends la voix

bu hautbois Ou l'éclat de la trompette, Dernier adieu d'un ami

Qu'à demi L'autre ami de loin répète;

Rime, tranchant aviron, Eperon

Qui fends la vague écumante; Frein d'or, aiguillon d'acier

Du coursier A la crinière fumante ;

Agrafe, autour des seins nus

De Vénus, Dressant l'écharpe divine, Ou serrant le baudrier

Du guerrier Contre sa forte poitrine ;

Col étroit, par où saillit

Kl jaillit La source au ciel élancée, Oui, brisant l'éclat vermeil

Du soleil, Tombe en gerbe nuancée;

Anneau pur de diamant

Du d'aimant* Oui, jour et nuit, dans l'enceinte Suspends la lampe, ou le soir

L'encensoir Àtlx mains de la vierge sainte-.

Clef, qui, loin de l'œil mortel,

Sur l'autel Ouvres l'arche du miracle; Ou tiens le vase embaumé

Renfermé Dans le cèdre au tabernacle;

Ou plutôt, fée au léger

Voltiger, Habile, agile courrière, Oui mènes le char des vers .

Dans les airs Par deux sillons de lumière ;

0 Rime! qui que tu sois,

Je reçois Ton joug; et longtemps rebelle, Corrigé, je te promets

Désormais Une oreille plus fidèle.

Mais aussi devant mes pas

Ne fuis pas; Quand la Muse me dévore, Donne, donne par égard

Un regard Au poète qui t'implore!

Dans un vers tout défleuri»

Qu'a flétri L'aspect d'une règle austère, Ne laisse point murmurer,

Soupirer) t.a syllabe solitaire.

Sur ma lyre, l'au#e fois,

Dans un bois, Ma main préludait à peine :

Une colombe descend,

En passant, Blanche sur le lulh d'ébène.

Mais au lieu d'accords touchants,

De doux chants, La colombe gémissante Me demande par pitié

Sa moitié, Sa moitié loin d'elle absente.

Ah! plnlùl, oiseaux- charmants,

Vrais amants, Mariez vos voix jumelles ; Que ma lyre et ses concerts

Soient couverts De vos baisers, de vos ailes;

Ou bien, attelés d'un crin

Pour tout frein Au plus léger des nuages, Traînez-moi, coursiers chéris

De Cypris, Au fond des sacrés bocages.

DE J0SEIM1 DKiOliME.

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