‹ PoésiesChapitre 9 sur 177 · AU LOISIR · texte numérisé non relu

AU LOISIR

Loisir, où donc es-tu? le matin, je t'implore;

Le jour, ton charme absent me trouble el me dévore:

Le soir vient, tu n'es pas venu; La nuit, j'espère enfin veiller à ta lumière; Mais déjà le sommeil a fermé ma paupière,

Avant cpie mes yeux t'aient connu.

Loisir, es-tu couché sur quelque aimable rive,

Au bord d'un antre frais, près d'une onde plaintive

Te montres-tu sous le soleil?

Ou de jour, abusant Psyché qui se lamente, Ne descends-tu jamais aux bras de ton amante

(Jue sur les ailes du Sommeil?

Sylphe léger, ton vol effleure-t-il la terre, A l'heure de silence, où Phébé solitaire

Visite un berger dans les bois?

As-tu fui pour toujours par delà les nuages? Kt dans les cœurs épris de tes vagues images

N'es-tu qu'un rêve d'autrefois?

Loisir, entends mes vœux : sur le lac de la vie Errant depuis un jour, et déjà poursuivie

Des flots et des vents courroucés, Au milieu des écueils, sans timon, sans étoiles. Ma nef m'emporte et fuit; j'entends crier mes voiles

Et mes jeunes bras sont lassés.

Mais, si les yeux d'en haut s'abaissaient sur ma tète, \ ton regard serein céderait la tempête,

Et je verrais le ciel s'ouvrir; Les vents m'apporteraient une fraîcheur nouvelle,

Et la vague apaisée, autour de ma nacelle, En la berçant viendrait mourir.

Moi, le front appuyé sur la rame immobile, J'aimerais savourer la volupté tranquille

D'un éternel balancement; Ou j'aimerais, la tête en arriére étendue, L'œil entr'ouvert, mêler mon âme répandue

Aux (lots d'azur du ûrmament.

Et puis, je chanterais le Loisir et ses charmes, Ses souris nonchalants, la douceur de ses larmes,

Larmes sans cause et sans douleurs ; Ses accents qu'accompagne une lyre d'ivoire; Sur son Iront, le plaisir couronné par la gloire,

lit le laurier parmi des fleurs.

Mais le Loisir a fui, tandis que je l'appelle, domine au cri du chasseur l'alouette rebelle,

Comme une oncle qu'on veut saisir; Le Temps s'est reveillé; ma tâche recommence : Adieu besoins du cœur, solitude, silence,

Adieu Loisir, adieu Loisir 1

SONNETS

Tu labour doom'il ami clesliii'd to be poor. Penrose.

Quand l'avenir pour moi n'a pas une espérance, Quand pour moi le passé n'a pas un souvenir, Où puisse, dans son vol qu'elle a peine à finir, Un instant se poser mon Ame en défaillance ;

Quand un jour pur jamais n'a lui sur mon enfance, Et qu'à vingt ans oui fui, pour ne plus revenir, L'Amour aux ailes d'or, que je croyais tenir, Et la Gloire emportant les hymnes de la France;

Quand la Pauvreté seule, au sortir du berceau, M'a pour toujours marqué de son terrible sceau, Qu'elle a brisé mes vœux, enchaîné ma jeunesse,

Pourquoi ne pas mourir ? de ce inonde trompeur Pourquoi ne pas sortir sans colère et sans peur, (lomme on laisse un ami qui tient mal sa promesse?

— Pauvre enfant, qu'as-tu fait? qu'avais-tu pour mourir ? 'f.e fallait-il de l'or pour ie plaire à la Vie? Quoi! d'un pareil regret Ion âme poursuivie Sons la pourpre et la soie espérait moins souffrir !

— Non; la pourpre el la soie auraient pu me couvrir Sans prendre à leur réseau ma vanité ravit? ; Par de meilleurs zéphyrs ma jeunesse servie, Loin d'un soleil pompeux, aurait aimé fleurir.

Il ne m'aurait fallu, sur un coin de la terre, Qu'un loisir innocent, un chaume solitaire ;

Les trésors de l'étude à côté d'un ami ;

Et, vers l'heure où le jour fuit sous l'ombre naissante Une main pour répondre à ma main frémissante, Un sein où me pencher, les yeux clos à demi.

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